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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/591

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conforme au droit et à la tradition des premiers jours de la Révolution française. Donc, j’adhère librement, à mon tour, à la déclaration de principes et à la revendication des droits dont vous me donnez commission de poursuivre la réclamation à la tribune. Je fais plus que consentir ! Voici mon serment : Je jure obéissance au présent contrat et fidélité au peuple souverain. — LEON GAMBETTA, Candidat radical.

Ce contrat était le mandat impératif dans ce qu’il a de plus étroit. Or, le mandat impératif est si radicalement incompatible avec l’existence d’une assemblée représentative qu’un des premiers actes de la Constituante fut, sur la proposition de Talleyrand, de dégager les députés de l’obéissance au mandat impératif contenu dans leurs cahiers. Il n’est pas sûr que Gambetta connût ce fait. L’eût-il connu, cela ne l’eût guère arrêté, car il était naturellement imbu des doctrines de la casuistique complaisante. « Ne croyez-vous pas, dit le bon Père, de Pascal, qu’il serait souvent bien commode d’être dispensé en conscience de certaines paroles qu’on donne ? — Ce serait, mon Père, la plus grande commodité du monde ! — Écoutez donc Escobar : « Les promesses n’obligent point quand on n’a point intention de s’obliger en les faisant. Quand on dit, je le ferai, on entend qu’on le fera si on ne change de volonté [1]. »

Dans la 6e circonscription, le candidat qui s’opposa d’abord à Guéroult fut Augustin Cochin. Dès l’École de droit, où il avait été mon camarade, Cochin s’était fait remarquer par sa parole persuasive, pleine d’ampleur et d’élévation, et nous lui prédisions tous un brillant avenir. Socialement il l’avait atteint, car il jouissait dans le monde d’une autorité morale considérable. Politiquement, il n’avait pu entrer au Corps législatif et aborder la tribune où il eût acquis la renommée. Quoique ayant une clientèle personnelle nombreuse dans un arrondissement dont il avait été le maire, il ne put surmonter l’obstacle contre lequel il s’était déjà heurté : son cléricalisme, car il était aussi profondément catholique que libéral. Guéroult, saint simonien, anticlérical de tout temps, paraissait son adversaire naturel lorsque Jules Ferry arriva en tiers, patronné par un comité en tête duquel se trouvaient Littré

  1. Pascal, 9e Provinciale.