Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/582

Cette page n’a pas encore été corrigée


le suffrage restreint comme sous le suffrage universel quand l’opinion s’est formellement prononcée, les candidatures officielles ont disparu devant sa volonté. » Si les candidatures officielles, qui avaient échoué sous la République, sous la Restauration, sous la monarchie de juillet, réussissaient sous l’Empire, c’est que l’Empire avait la confiance du pays. Le succès de ces candidatures prouvait la puissance du gouvernement, les sympathies profondes qui existaient pour lui dans le sein des masses- populaires. A qui d’ailleurs accordait-on l’appui officiel ? A un étranger sans relations et sans racines, intervenant à la veille des élections, pour entraîner une multitude qui ne le connaissait pas ? En aucune façon : on consultait le cœur des populations, et comme on avait l’oreille exercée à cette audition mystérieuse, on devinait le nom que la foule murmurait ; « de telle sorte que, quand nous présentons un candidat officiel, ce n’est pas la pensée du gouvernement que nous imposons, nous offrons aux populations un miroir dans lequel elles se reconnaissent, et c’est leur propre pensée que nous promulguons pour qu’elles la promulguent après nous par la nomination d’un député. »

La candidature officielle demeura donc le moyen d’action du gouvernement.


II

Les élections de 1869 eurent un caractère différent de celles de 1863, soit du côté du gouvernement, soit du côté de l’opposition. Le gouvernement inventa les candidats officieux ou agréables ; il ne leur donnait qu’un appui moral et ne mettait à leur service ni l’affiche sur papier blanc, ni les gardes-champêtres, ni l’appareil administratif. Les candidats officiels eux-mêmes prirent une autre allure. En 1863, ils se montraient humbles et superbes à la fois, humbles devant le gouvernement dont ils recevaient l’existence, superbes à l’égard de l’opposition, qu’ils ne redoutaient pas encore. En 1869, polis envers l’opposition, ils étaient presque arrogans envers le gouvernement. Entre leurs sourires à la liberté et à la responsabilité ministérielle, ils glissaient des pointes contre le