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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/581

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pas arrêter : « Comment ! ces questions, agitées tous les jours dans la presse, ont été discutées au Sénat, et nous, nous seuls, nous ne pourrions pas les aborder ? » (Marques d’assentiment à gauche.) — Et il continua sans tenir compte des observations. Au milieu de ses attaques il laissa échapper un aveu important : Il reconnut, malgré un regret exprimé pour le retrait de l’Adresse, que « dans cette voie du développement graduel, nous avions fait des progrès. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à considérer cette assemblée où les discussions ont acquis plus d’étendue et de liberté ; il n’y a qu’à considérer le banc de MM. les ministres où autrefois un seul siégeait, et où ils sont tous aujourd’hui, non pour rendre compte d’un système de gouvernement adopté et soutenu par eux solidairement, mais pour rendre compte des actes qu’ils ont exécutés par ordre de l’Empereur. Il n’y a enfin qu’à nous transporter dans cette salle des conférences, où tous les journaux sont mis à notre disposition, pour se convaincre que la presse, elle aussi, a reçu un degré de liberté dont elle n’avait pas joui sous l’Empire. »

Mais voilà que quelques jours après, l’appréciation est toute différente : « Votre liberté commerciale n’est, comme votre liberté politique, qu’une véritable comédie. » Le mot était tellement dur que le président dut menacer d’un rappel à l’ordre. Ce revirement subit s’explique par un trait caractéristique de la nature de Thiers. Cet homme si fin, si perspicace, si expérimenté, si attentif à ne pas se compromettre, perdait le sang-froid, la lucidité, la circonspection, laissait aller à la diable sa langue dont il n’était plus le maître dès qu’on touchait irrévérencieusement à sa personne. Or, Rouher l’avait malmené dans sa réponse ; ensuite le ministre du Commerce avait contesté, réfuté, démenti, sans ménagement, ses assertions contre les tarifs libéraux ; exaspéré de ce crime de lèse-majesté, il déclarait le 17 avril simple comédie ce que le 11 il appelait progrès.

Les candidatures officielles furent le sujet que tous les orateurs, directement ou indirectement, discutèrent le plus vivement. Chacun voulut dire son mot contre elles. Le ministre de l’Intérieur, Forcade, les défendit en tempérant l’absolu de sa thèse par l’élévation de son langage et ses promesses de modération. Il y eut même quelque originalité dans son point de vue. « Un tel système, dit-il, ne peut être pratiqué longtemps sans l’assentiment du pays ; sous