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subir d’une manière absolue le dynamisme naturel, l’espèce humaine en tant que groupe réagit contre ces forces brutales, et d’autres liommes viennent déblayer, restaurer, reboiser les galeries de la mine effondrée ou incendiée, d’autres hommes vont reconstruire des maisons, labourer le sol et replanter des vignes sur les cendres à peine refroidies.

Dans la géographie physique seule éclate et règne le dynamisme rigoureux des agens naturels. La géographie humaine est le domaine du compromis ; rien n’est absolu ni définitif pour l’espèce humaine, sur le globe, que ces lois générales et ces conditions fondamentales qui déterminent les limites au-delà desquelles est exclue et proscrite toute vie ; encore les hommes sont-ils capables, sinon certes de reculer indéfiniment toutes ces limites, en altitude, en latitude, en profondeur, etc., du moins d’en forcer ou d’en modifier quelque peu quelques-unes. Et là où la vie est possible, là où elle se développe, — dans toute l’œkoumène, pour nous servir de la vieille expression grecque reprise avec bonheur par Ralzel, dans toute l’œkoumène qui est par définition le champ précis de l'« anthropogéographie, » — les moindres faits permanens de géographie humaine impliquent : non seulement une double causalité et physique et humaine, mais une répétition et une succession indéfiniment renouvelées d’efforts humains en un même point de l’espace physique, un recommencement incessant de cette collaboration à termes variables entre la nature et l’homme.


JEAN BRUNHES.