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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/572

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à une crainte ; c’est en vertu de cet instinct, de cette pensée, de cette crainte, élémens psychologiques, variables d’individu à individu, de groupe à groupe, et surtout d’époque à époque, qu’il adopte telle ou telle solution matérielle et qu’il crée tel ou tel fait de géographie humaine. Le cadre naturel restant le même peut servir de cadre à des faits humains tout différens, suivant les impulsions qui dirigent les habitans. Si ces habitans sont pardessus tout préoccupés de leur défense, ils élisent pour s’installer les pitons rocheux ; mais, si un autre fait psychologique est plus fort que celui-là, si la crainte du pillard disparaît, si elle fait place au désir de se nourrir le mieux possible ou de s’enrichir le plus vite possible, les hommes descendent de leur montagne et s’installent soit plus près d’une carrière ou d’une mine, soit plus près de leurs champs ou de leurs jardins, dans les parties basses aux alluvions plus grasses ou sur les versans plus fertiles. Bien plus, un autre fait de géographie humaine s’établit : la route, qui était autrefois la mer elle-même, la grande voie commune et naturelle de tous les cabotages, revêt d’autres formes : c’est la voie ferrée courant le long des parties les moins accidentées du littoral, et qui ne fait jamais l’ascension des collines isolées. La route — qui ne « crée » pas, quoi qu’on en dise « le type social, » — exprime et renforce en même temps cette tendance psychologique qui pousse les hommes à mieux comprendre et à mieux exploiter les facilités de relations. Et tandis que la vieille cité méditerranéenne va rester perchée près de son acropole ou sur les ruines de son acropole, une cité neuve se construit près de la gare, en contact direct avec la route. — On devine du moins par ces exemples combien est déterminante la participation de l’homme aux faits de géographie humaine, et combien il serait absurde et même puéril de les faire dépendre d’une manière trop simpliste des seules conditions naturelles du monde physique.

L’élément psychologique humain, qui est donc, à l’origine du fait géographique, l’intermédiaire obligé entre la nature et l’homme, est encore l’intermédiaire obligé entre la nature et l’homme, quant aux conséquences sociales, historiques, politiques, qui en sont la suite. De ces maisons agglomérées en villages ou en villes, de ce rapprochement, de ce resserrement des habitans, naissent des habitudes de vie citadine, de vie civique, de vie sociale, et sans doute aussi un certain tempérament « politique » qui n’est