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a-t-on le droit de s’en tenir à d’aussi faciles rapprochemens ? Le véritable archéologue peut-il se contenter de percevoir les rapports généraux qui existent entre une cathédrale gothique et une certaine période de l’histoire de la chrétienté ? Le véritable botaniste peut-il se contenter de percevoir quelque relation entre le climat ou l’altitude et le développement des grandes forêts de pins ou d’épicéas ? Le critique littéraire se contente-t-il d’établir un rapport de simple « contemporanéité » entre les œuvres de Boileau, de Racine et de La Bruyère ? Le géographe serait-il le seul à se déclarer satisfait d’avoir indiqué quelque rapport d’ensemble, même juste, entre la situation géographique générale d’un territoire et sa destinée historique générale ?

Aussi bien, si l’analyse n’est pas plus précise, court-on le risque d’aboutir très souvent à des considérations superficielles ou erronées : témoin tant d’éloquentes généralisations de Michelet ! D’autre part s’il convient d’aller plus loin, de nombreuses difficultés surgissent : la tâche est trop délicate pour être entreprise dès l’abord. La première conséquence de cette conception plus scientifique des rapports entre la géographie et l’histoire, c’est qu’il faut commencer à pied d’œuvre, pour ainsi dire, par des travaux moins ambitieux et plus modestes.

En géographie humaine, il importe de procéder comme dans toutes les sciences d’observation, en sériant d’abord les faits, en détachant de l’ensemble touffu dont elle fait partie une catégorie précise, et en poursuivant l’observation comparative de ces faits détachés en une série de cas analogues, ou voisins, ou progressivement distincts : programme dont il s’agira maintenant et avant tout, — nous l’essaierons tout à l’heure, — d’indiquer avec précision les articles essentiels.

Plus tard et plus tard seulement, on pourra et on devra considérer la répercussion globale des faits les uns sur les autres, et ne pas négliger cette « géographie du tout, » — le mot est de M. Vidal de la Blache, — qui est, au vrai, la fin la plus élevée mais aussi la fin dernière de la géographie. Encore ne faudra-t-il point s’imaginer qu’il est facile de discerner du premier coup ce qu’il y a de réellement et strictement géographique dans les manifestations de la vie humaine en des cadres très vastes, immenses disparates, correspondant chacun par exemple à un « tout » aussi complexe que la France ou les États-Unis ! Par une étude minutieuse et plus