Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/557

Cette page n’a pas encore été corrigée


de ses besoins vitaux, l’homme tâche de les prévoir ; il ne veut plus y satisfaire purement et simplement au jour le jour : il en prévient les exigences futures, et il « travaille » en conséquence. Nous discernons ainsi une seconde série de faits plus compliqués dans lesquels intervient comme facteur essentiel le travail organisé de l’homme.

La moindre culture représente un effort et un plan, — une prévision du lendemain. L’élevage sous sa forme la plus élémentaire représente un effort et un plan, — une prévision du lendemain. Le lavage même rudimentaire des sables aurifères représente un effort et un plan, — une prévision du lendemain. Notons dès maintenant que de tels faits intéressent la géographie dans la mesure expresse où ils se traduisent sur la surface par des faits matériels : ce n’est pas le fait psychologique de la prévision qui nous importe ici et doit capter notre attention, mais l’expression matérielle et géographique de cette prévision. La culture des céréales s’exprime par un champ et par un grenier, l’élevage primitif par un déplacement plus ou moins régulier, le travail du chercheur d’or ou du chercheur de sel par un « atelier : » le champ et le grenier du cultivateur, l’itinéraire du nomade, l’installation de l’orpailleur ou la « saline, » tels sont tout à la fois les phénomènes nouveaux par lesquels ces nouveaux faits humains se traduisent dans le monde géographique, et qui servent à différencier la deuxième série de la première.

De l’ordre des faits spontanés ou à peu près tels n’impliquant que des mouvemens impulsifs et souvent immédiats sous l’action de nécessités vitales, nous sommes parvenus à un ordre de faits qui est commandé par le travail en vue d’un avenir plus ou moins lointain. Tous ces phénomènes de surface peuvent se grouper sous l’étiquette générale d’exploitation de la terre : géographie culturale, géographie pastorale, et géographie industrielle correspondent à ce second « étage » plus complexe de la géographie humaine.

Un des instincts et des besoins primordiaux des êtres humains est encore de perpétuer leur espèce : ce n’est pas en vertu de considérations philosophiques que nous avons ici à discerner si l’homme est, oui ou non, « GREC ; » l’observation positive nous montre partout le « genre humain » assurant la transmission de la vie : et partout nous constatons, pour le moins, des