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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/958

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nous ne pouvons rien dire, puisqu’il est secret et que nous ne le connaissons pas, sinon qu’il a mis d’accord les deux gouvernemens. Il a certainement fallu faire des sacrifices pour atteindre ces résultats, et ils ont été quelquefois considérables ; peut-être même ne les connaissons-nous pas tous ; mais les effets immédiats ont été des plus appréciables. Nous nous sommes trouvés en meilleurs termes qu’auparavant avec l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre. Avec cette dernière en particulier, rapprochement a pris un caractère cordial dont, pour notre compte, nous nous sommes hautement félicité. Il n’y a qu’une ombre au tableau ; elle s’y est étendue tout d’un coup, épaisse et inquiétante. L’Allemagne, se plaignant d’avoir été négligée dans ces arrangemens, a prétendu les remettre en question. Nous ne savons pas ce qu’il en adviendra, mais un fait semble dès maintenant hors de doute : c’est que, si le rapprochement des quatre puissances a provoqué des susceptibilités de la part de l’Allemagne, la première manifestation de sa mauvaise humeur a consolidé le rapprochement au lieu de l’ébranler. Nous n’en tirons qu’une conclusion, à savoir que, dans les accords qui ont été faits, les intérêts de toutes les puissances contractantes ont été vraiment conciliés à la satisfaction des unes et des autres. — Soit, dira-t-on en Allemagne ; mais que nous importe ? Il s’agit de nos intérêts à nous : quelle garantie avons-nous qu’ils seront respectés ? N’en ayant pas dans les arrangemens qui ont été conclus sans nous, nous en chercherons ailleurs, et nous les trouverons dans une entente directe avec le Maroc. Nous n’avons d’ailleurs besoin de personne pour faire nos affaires, et nous les ferons directement. — Tel est le sens de toutes les déclarations et de toutes les manifestations allemandes, qu’elles viennent de la presse, du gouvernement ou de l’Empereur lui-même. Celui-ci, à Tanger, a mis toute l’importance de son discours dans un mot : il a dit que le gouvernement marocain était indépendant, ce qui signifiait qu’il n’admettait aucun intermédiaire entre le Sultan et lui. Ce qui résultera de cette déclaration est le secret de l’avenir. Les choses évolueront sans doute d’après le degré d’habileté et de fermeté que chacun y apportera, et aussi d’après les concours qu’il aura su obtenir parce qu’il aura su les mériter. Il s’agit en fin de compte de savoir qui inspirera le plus de confiance au Maghzen parmi ceux qui s’y appliquent. Une grande intrigue se poursuit : nous manquons de renseignemens pour en supputer les chances de succès, et il serait par conséquent prématuré d’en parler. Mais nous pouvons parler, et il est même indispensable de le faire pour dissiper toutes les appréhensions ou