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tout est transparent. En ce qui concerne le Maroc en particulier, n’ayant rien à cacher, nous avons constamment parlé tout haut de nos projets, et si nous avons négligé d’en faire la confidence officielle aux puissances, c’est parce que nous nous en étions expliqués devant l’univers entier. On nous donne un peu tard une leçon de protocole que nous voulons bien accepter : elle gagnerait cependant à n’être pas poussée à outrance. Nous n’avons pas mis les puissances en demeure de nous communiquer leurs impressions sur nos arrangemens marocains, soit ; mais elles ont toutes été en mesure de le faire si bon leur semblait. Pourquoi l’Allemagne ne l’a-t-elle pas fait ? Pourquoi a-t-elle paru, pendant une année entière, indifférente ou satisfaite ? Pourquoi enfin est-elle sortie subitement et comme par irruption de cette attitude sur laquelle nous avions cru pouvoir faire fond ? Il nous serait difficile de le dire ; mais il paraît hors de doute que, pour un motif ou pour un autre, sa politique a subi un changement brusque. Un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages ne produit pas plus d’étonnement.

Il n’y a pas d’effet sans cause. Le phénomène politique auquel nous venons d’assister en a une à coup sûr, et peut-être même plusieurs : mais elles sont assez difficiles à démêler. Nous n’exclurons aucune de celles dont on a parlé, nous bornant à les ramener à leurs proportions véritables. Peut-être le gouvernement allemand a-t-il trouvé qu’on ne lui avait pas fait une part assez considérable dans le règlement de la question marocaine, et en a-t-il éprouvé de la mauvaise humeur. Peut-être aurait-il voulu que les puissances contractantes, et que la France en particulier, lui montrassent plus de confiance et d’abandon. Nous n’aurions vu, en ce qui nous concerne, aucun inconvénient à ce qu’il fût mis plus officiellement au courant de ce que nous faisions ou préparions. L’Allemagne est une trop grande puissance pour qu’on n’ait pas intérêt à se tenir en bons rapports constans avec elle : elle a pu être piquée qu’on ne l’ait pas fait suffisamment à son gré. Ce sentiment, de sa part, expliquerait mal, toutefois, le voyage de Tanger après un si long silence. Il y aurait une explication plus sérieuse dans le souci qu’elle prend de ses intérêts économiques ; mais nous étions prêts à lui donner à ce sujet les garanties les plus rassurantes, si elle les avait demandées. Elle a préféré ne pas le faire, et a annoncé l’intention de s’adresser directement au Sultan du Maroc : c’est pour cela que l’empereur Guillaume est allé à Tanger. Qu’il y ait eu là un procédé désobligeant pour nous, chacun en convient. La disproportion est telle entre les motifs