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avaient guetté le paysan et la paysanne qui s’en venaient au marché avec leur panier d’œufs, leurs légumes et leurs volailles. Et elles s’étaient faites très humbles, de pauvres petites bottes aimables, officieuses, pleines d’attention pour les sandales campagnardes, et désireuses de leur épargner les mares et les fondrières qui les séparaient du bourg. L’eau tombait à verse. Le paysan s’était laissé convaincre et débarrasser pour un prix modique. Et les bottes avaient repris leurs grandes enjambées afin d’arriver au marché de Bouhousi les premières de toutes les bottes qui couraient dans le crépuscule du matin. Accuserez-vous de paresse leur propriétaire ? Cependant vous lui donneriez des gerbes à lier que, deux heures après, il tirerait ses grègues. C’est que le Juif préfère la soif et la faim au labeur machinal sans initiative et sans cet aléa qui en décuple l’intérêt. Il est soutenu dans sa misère et au-dessus de sa misère par son insatiable ambition. Incapable de se plier à la condition du domestique, de l’ouvrier rural ou du manœuvre, il n’accepte pas d’être celui qui travaille sous les ordres de tous, mais celui qui collabore ou commande. Vous ne le trouverez presque jamais au dernier échelon des subordinations sociales. Il ne commence de vivre qu’à l’avant-dernier.

On dit qu’il aime l’argent. Cette avarice, il la partage avec bon nombre d’honnêtes chrétiens. De tous les épiciers de Bouhousi, un seul est Roumain : c’est contre lui que les paysans élèvent le plus de griefs et de doléances. Certes le Juif a pour le gain une âpreté formidable. Mais je ne connais que les associations ouvrières, abominablement exploitées par leurs agitateurs bourgeois, où l’on rencontre autant de générosité que dans les communautés juives. Chaque fois que la cause d’Israël réclame des subsides, il n’y a pas d’humble Juif, dans le plus humble bourg moldave, qui essaie de se dérober à la contribution de guerre. L’argent n’est à leurs yeux qu’un des moyens d’atteindre cette domination dont ils sont si étrangement passionnés. Toute la vie juive gravite autour du même objet qui est de conquérir, non pas le plus d’argent, mais le plus d’influence possible. Un rêve d’impérialisme couve sous des fronts qui semblent si humbles. Nous ne saurions nous dissimuler que nous dépendons plus de notre cordonnier qu’il ne dépend de nous, et de notre tailleur, et de notre chapelier, et de notre boucher. Le Juif, en s’emparant de ces petits métiers, se rend maître de toute la per-