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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/935

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de Piégois, que dans le rôle tout entier de celui-ci. Ce rôle de Lebrasier n’est qu’un rôle de second plan ; ce n’est qu’une silhouette, mais indiquée d’un trait juste. Lebrasier est l’envieux et le parasite : il paie en insinuations méchantes et en dénigrement les services qu’il ne peut s’empêcher d’accepter ; il déblatère, mais il profite. C’est même ce qui rend presque vraisemblable un dénouement qui, au premier abord, choque comme un peu trop factice. Piégois abandonnant Emma, que va devenir cette bonne fille ? Lebrasier l’épouse ; cela est dans la logique de son caractère ; car nous connaissons assez Piégois pour savoir qu’il fera très convenablement les choses : c’est une fortune toute trouvée, dans laquelle Lebrasier ne peut manquer de s’installer.

Monsieur Piégois est remarquablement joué par la troupe de la Renaissance. M. Guitry est la perfection même dans ces rôles marqués et qui demandent surtout du naturel, de la bonhomie et de la rondeur. M. Guy est délicieux de finesse, d’intentions malicieuses et de sournoiserie dans le rôle de Lebrasier. Et M. Boisselot dessine avec beaucoup d’agrément la silhouette du maire de Bagnères. Mlle Brandès a un rôle assez mal expliqué, celui de Mme Aubry : elle lui prête quand même beaucoup de charme.

L’optimisme de M. Capus est souriant : la sensibilité de M. Pierre Wolff est larmoyante. On l’a dit depuis bien longtemps : tout n’est pas rose dans le métier de fêtard, et la profession de femme galante a ses tristesses. Si l’on savait tout ce qui se verse de larmes dans le monde où l’on s’amuse, ce serait une espèce de consolation pour ceux qui ignorent les enivremens de la vie joyeuse. Une des pires misères de ce monde spécial, c’est qu’une heure sonne où, la jeunesse s’étant envolée, mais les habitudes de plaisir s’étant installées, on ne sait pas renoncer à des distractions qui conviennent mal à l’âge mûr. C’est la source d’intimes souffrances auxquelles on ne saurait, sans noirceur, refuser un juste tribut de pitié.

Donc nous sommes chez une dame galante, mais si respectable ! Geneviève Clarens. Elle a quarante ans et derrière elle une carrière bien remplie, remplie de plus de souffrances que de joies : telle est la loi de l’humaine condition. Elle a aimé, elle a été trompée ; et maintenant quelle est libre, elle a fait un grand serment de ne plus jamais aimer. Cependant Maurice, un beau brun, d’une trentaine d’années, s’approche d’elle, lui soupire une déclaration ; et c’est fait : voilà Geneviève embarquée dans une nouvelle liaison. Désormais, quels tourmens ne vont pas être les siens ; quels soins pour maintenir dans la fidélité