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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/922

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des rires de l’enfance. M. Bruneau n’en a rien su tirer. Il a pris le motif, puis l’a repris et repris encore, pour le laisser enfin tel qu’il l’avait trouvé. Une ou deux fois seulement, il a tenté non pas de le développer, mais de le garnir un peu, et la garniture a paru misérable.

Que si, laissant les accessoires et les dehors, nous allons jusqu’au centre, au fond même de l’ouvrage, nous n’y trouverons guère plus de musique. Aussi peu que les choses, les êtres vivent ici par le son. Ils chantent sans art et sans âme, sans que jamais ou presque jamais une phrase originale, expressive, s’échappe de leurs lèvres. Le quatuor final qui les rassemble est un modèle de cacophonie. Les personnages avec cela ne parlent pas mieux qu’ils ne chantent, et leur récitatif, leur déclamation est sans justesse comme leur mélodie est sans beauté. Aussi bien, quel accent, quel rythme, quelle métrique un Gluck lui-même aurait-il pu donner à ce discours : « Ma chère femme, ma brave femme, c’est cela qui est bon de ne se rien cacher, de ne vivre que l’un pour l’autre au milieu des préoccupations du ménage ? » Si le mot de Buffon était vrai, si le style c’était l’homme, quel eût donc été l’homme de ce style-là !

Littéraire et musical, les deux styles de l’ouvrage se ressemblent. Et du style musical tous les élémens spécifiques se valent et se correspondent. Ils sont, — l’expression est peut-être ici permise, — de la même farine. On pourrait dire de l’orchestre et de l’harmonie, des accords et des timbres, ce que nous disions du récitatif et du chant et le résumer en une formule brève. C’est un métier, — bien que ce soit encore autre chose et peut-être davantage, — de faire un opéra comme de faire un livre, et l’Enfant-Roi permet d’affirmer une fois de plus que peu de musiciens savent ce métier-là moins bien que M. Alfred Bruneau.

La Société Philharmonique de Paris a clos une saison musicale qui fut toujours intéressante, par une semaine, qui parut brève, d’admirables et vraiment sublimes concerts.

J’aime les soirs sereins et beaux, j’aime les soirs.

Tels ont été ceux que le grand Joachim, touchant lui-même au soir de sa journée, est venu consacrer, avec ses compagnons, à l’exécution intégrale, — excepté la terrible fugue, — des quatuors de Beethoven. On nous promet ailleurs, d’ici peu de jours, les neuf symphonies, dirigées par M. Félix Weingartner. Il ne reste plus qu’une close à souhaiter :