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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/910

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Je me suis assoupi dans son ombre sacrée ;
Et, là, cœur à l’écart des pas de la durée,
J’ai vécu, je vivrai dans un lâche repos,
Oubliant que cet arbre et ses puissans rameaux.
Où parfois quelque atroce orage éclate et gronde,
Insensé, pour moi seul semblent couvrir le monde.


II


Saison fidèle aux cœurs qu’importune la joie,
Te voilà, cher automne, encore de retour.
La feuille quitte l’arbre, éclatante, et tournoie
Dans les forêts à jour.

Les aboiemens des chiens de chasse au loin déchirent
L’air inerte où l’on sent l’odeur des champs mouillés.
Gonflés d’humidité, les prés mornes soupirent
En cédant sous les pieds.

Les oiseaux voyageurs, par bandes, dans les nues,
Émigrent vers le Sud et les soleils plus chauds.
Les laboureurs, penchés sur les lentes charrues,
Couronnent les coteaux.

Le soir, à l’horizon, souvent le ciel est rose.
Des troupes de corbeaux traversent le couchant.
Dans le creux des sillons de la plaine repose,
Pensive, une eau d’argent.


III


Die Nacht.
HÖLDERLIN.

Le silence et l’ombre envahissent
La ville au pied des coteaux bleus.
Les réverbères y jaillissent,
Rue à rue, en chemins de feux.

Tout homme à son foyer rapporte
Son gain de bonheur ou d’ennui,
Et, s’asseyant devant sa porte,
Laisse la paix descendre en lui.