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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/909

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Poésie




I


De loin l’arbre isolé sur le coteau ne voile
Aux yeux du voyageur à peine qu’une étoile.
C’est à la nuit tombante, on se hâte ; en marchant
Tu vois l’arbre grandir sur le pâle couchant :
La route, ruban gris qui te précède, y mène.
Déjà tu reconnais le feuillage d’un chêne ;
Et soudain te voilà sous le fantôme noir.
A présent tu peux prendre un instant pour t’asseoir :
Les lampes du village où tu vas sont voisines.
Donc, à demi couché dans le creux des racines,
Abandonne ton âme au plaisir de rêver,
Écoute sous le vent qui vient de se lever
Les branches faire un bruit de mer par la tempête ;
Mais ne cherche plus rien au-dessus de ta tête,
Car, usurpant pour toi sur l’ordre universel,
L’ombre immense du chêne occupe tout le ciel.

Tel, lorsque arrivant presque au milieu de mon âge,
Un premier crépuscule assombrit mon voyage,
J’ai vu sur les sommets marqués par le destin
L’amour se dessiner à l’occident lointain.
Il ne tenait d’abord qu’un point de l’étendue.
La route que je fis jusqu’à lui fut ardue :
Il m’apparut alors grand comme une forêt.
Joyeux de ce profond refuge qu’il m’offrait,