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Ce qui contribuait à affermir et à enhardir les Ritualistes, c’est qu’ils commençaient alors à s’organiser en associations, les unes, plus ou moins secrètes pour l’impulsion du dedans, les autres publiques pour la lutte du dehors. En 1855, se fondait la « Société de la Sainte-Croix, » qui devait avoir peu après pour filiale la « Confrérie du Saint-Sacrement, » la première exclusivement ecclésiastique, la seconde renfermant clercs et laïques, toutes deux s’enveloppant d’un certain mystère pour échapper aux curiosités malveillantes des protestans. Elles groupaient les partisans les plus ardens du mouvement anglo-catholique. Leur idée maîtresse était la foi et la dévotion au dogme eucharistique : de là un effort constant pour restaurer, avec ses anciens rites et son ancienne solennité, la Messe, dont elles ne craignaient pas de prononcer le nom si décrié depuis la Réforme ; elles encourageaient aussi la « réserve » et l’adoration des espèces consacrées. C’était du reste, dans tous les actes du culte et de la piété, qu’elles tendaient à se rapprocher du modèle catholique. L’influence de ces deux sociétés se fera sentir dans toutes les entreprises ultérieures du Ritualisme [1].

C’est aussi vers cette époque, en 1859, que les partisans des idées High Church fondaient, par la concentration de diverses associations locales préexistantes, l’English Church Union : celle-ci se donnait pour tâche de soutenir la lutte publique, sur tous les champs de bataille de l’opinion. Elle n’avait alors, à ses débuts, que quelques centaines d’adhérens : bientôt ses membres se compteront par milliers, et son action sera des plus considérables. L’un des articles de son programme était « d’apporter conseil et protection à toutes personnes, laïques ou clercs, injustement attaquées ou entravées, en matière spirituelle [2]. » Par-là surtout, elle devait être d’un précieux secours aux Ritualistes, en leur procurant les moyens de résister aux persécutions diverses dont ils seront l’objet.

Dès la première année, l’English Church Union, fidèle à sa mission, faisait paraître un tract intitulé : Remèdes et Loi contre les perturbateurs du service divin. Cette publication était motivée par le renouvellement, en 1859, à l’église S. Georges

  1. De cette influence, on ne veut pour preuve que la véhémence avec laquelle ces associations sont dénoncées par les adversaires protestans du Ritualisme. Cf. Walsh, The Secret History of the Oxford movement, p. 46 à 79 et 202 à 226.
  2. The History of the English Church Union, par Bayfield Roberts, p. 12.