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revue des deux mondes.


XVIIe siècle très goûté. — M. Russell me conseille de parler beaucoup plus lentement qu’à l’École des Beaux-Arts.

Vous saurez les nouvelles avant moi ; les journaux anglais sont mieux informés que les nôtres, et parlent de la coopération prochaine des Prussiens du côté de Saint-Denis.


A Madame H. Taine.
Londres, lundi 22.

Enfin l’armée est entrée dans Paris ; les nouvelles que je vous envoyais de Versailles étaient vraies. Il semble que la résistance ne se prolongera pas longtemps.

Je suis ici dans un hôtel où Mme Alboni habite depuis huit mois. Tagliafico y est avec sa femme et sa fille, — autres musiciens et peintres ; on entend des roulades dans les escaliers.

Ce matin, visite chez M. Haye, barrister, qui occupe deux chambres d’étudiant ; quarante ans, fatigué, très nerveux et timide, ne parlant pas français ; nous avons travaillé une heure ensemble ; il a tout traduit, le livre paraîtra le mois prochain ;

De là, à la National Gallery. Il y a des chefs-d’œuvre : un rabbin juif de Rembrandt, un doge de Giovanne Bellini, un portrait admirable de négociant italien debout avec sa femme par Van Eyck, une Vénus avec l’Amour, et un Christ présenté de Corrège ; la fleur des préraphaélites : Bordognone, Carpaccio, Pérugin, Francia ; les plus exquis petits flamands, une leçon de musique de Jean Steen, une grande allée d’arbres par Hobbema, de purs diamans ; — mais je n’ai pu que faire une reconnaissance ; un musée me tue maintenant. D’ailleurs la moitié des tableaux sont sous verre ; il est presque impossible d’en voir un d’ensemble à cause des reflets.

Je vais m’habiller pour dîner chez Clark ; j’espère ne pas aller en soirée avec lui ; Londres et sa prodigieuse activité m’accablent ; je souhaite la campagne, et Oxford en attendant. Demain après déjeuner, M. Arthur Russell me conduit chez M. Grote[1], l’historien, qui désire faire ma connaissance.

Petits faits : à Chelsea, George Claude rencontre très fréquemment des ouvrières saoules : nous avons enjambé un ivrogne dans le ruisseau ; — M. Van de Weyer nous disait hier qu’un

  1. M. George Grote, né en 1794, mourut quelques semaines après cette entrevue.