Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/825

Cette page n’a pas encore été corrigée


le dean Stanley, chez lord Houghton, chez M. Grant Duff, chez M. Arthur Russell [1]. Personne, j’ai laissé des cartes. J’ai vu Reeve, mon éditeur ; l’Intelligence traduite paraîtra le mois prochain.

Vous pensez bien qu’à Londres, j’ai le spleen : c’est de la couleur locale. J’ai les mêmes impressions qu’autrefois : œuvre colossale, richesse énorme, pauvres en haillons, pieds nus avec de petits tortillons de papier autour des doigts malades, lanes ignobles derrière les rues somptueuses ; grands arbres et verdure délicieuse, à côté, dans les rues, une atmosphère de fog imprégnée de suie qui vous prend au nez et à la gorge ; tout cela n’étant plus nouveau pour moi, n’est plus instructif, ni partant intéressant. Je suis las, je souhaite passionnément vivre en repos dans l’intimité, avec des livres. Vous imaginez qu’une visite à Londres n’est pas faite pour satisfaire ces inclinations. J’ai passé une heure et demie dans un coin reculé de Saint-James-Park sur deux chaises. Je ne me promets qu’un seul plaisir, qui sera bien peu coûteux et très simple, c’est de ne pas voir l’Exposition ; dans l’état où je suis, tout charivari est odieux ; en échange, j’irai peut-être passer deux heures demain devant les trente tableaux de la National Gallery.

Cornélis de Witt, que j’ai rencontré au sortir de chez Renan, pense que l’assaut aura plutôt lieu lundi ou mercredi. — J’ai eu vingt conversations en route : avec Heuzey [2]jusqu’à Chantilly (la maison de son beau-père à Auteuil vient d’être écrasée d’obus et ensuite pillée) ; avec un chef de bataillon du VIe arrondissement, fugitif, le seul qui m’ait donné des détails précis et appuyés de faits. (Environ cent mille insurgés aujourd’hui, dont cinquante mille étrangers ou non inscrits sur les cadres pendant le siège, — idée très ancrée, dans beaucoup d’ouvriers gardes nationaux, qu’après la victoire, ils se partageront les biens des absens.)

M. Haye viendra probablement ce matin m’apporter un énorme paquet d’épreuves, je ne suis pas encore décidé à aller chez sir John Clark, j’aurais peine à me remuer. J’ai un verre de bière devant moi, je vais boire en fumant à la flamande. J’aspire à la vie des vaches de Paul Potter.

  1. Frère du duc de Bedford et gendre de la vicomtesse de Peyronnet, chez qui M. Taine l’avait connu.
  2. M. Léon Heuzey, membre de l’Académie des Inscriptions.