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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/822

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dans notre maison de campagne. Je me crois donc tout à fait libre. Cependant, dans un désordre si extraordinaire, on ne peut tout prévoir, et si quelque incident, quelque malheur suprême, quelque nécessité subite venait me surprendre au dernier moment, je vous écrirais, et je compterais sur l’indulgence du Comité pour m’excuser.

Agréez, je vous prie, monsieur, l’assurance de -toute ma considération et de tout mon dévouement.


A Madame H. Taine.

Orsay, 17 mai, 5 heures.

J’ai trouvé ma mère [1]au Mans en bonne santé, et je crois que je lui ai été utile. — Attente de neuf heures et demie à deux heures et demie du matin au Mans, trois visites de passeports sur la route. — Arrivée à huit heures un quart du matin, bagages délivrés à neuf heures ù, cause de la concurrence de la marée. Visite chez Libon, qui me gardera probablement une place vendredi dans la malle de Versailles-Saint-Denis.

En cabriolet par Villacoublay ; jusqu’à la grande descente à une lieue de Châtenay, les arbres de la route sont coupés et les traces de la guerre nombreuses ; mais, à partir de là, presque tout est réparé. Plus d’ordures à Châtenay, on a travaillé et réparé énormément depuis six semaines ; on a refait des portes, des volets, remis des vitres ; le village ressemble beaucoup à celui que vous avez vu avant la guerre. Le clocher est achevé, ardoisé, nulle part on ne trouve de mauvaise odeur, les marchands et habitans sont nombreux, on se fournit sur place. Les gazons ont repoussé presque partout, la grande prairie est haute de deux pieds, luxuriante de folle avoine ; tous les arbres sont verts ou en fleurs, l’air embaumé. — J’ai vu le général, ses officiers, le lieutenant de gendarmerie ; j’ai été fort poli, ils ont été plus que courtois. — Vous aurez la maison quand il vous plaira, mais il faudrait les prévenir plusieurs jours à l’avance. J’ai dit (sans en être sûr) que vous reviendriez vers la fin du mois ; ils espèrent être dans Paris avant ce moment ; ils peuvent recevoir un ordre d’un moment à l’autre, et décamper en une heure ; une fois l’enceinte forcée, il est probable qu’ils quitteront le village

  1. Mme Taine revenait de Brest où elle avait passé chez sa fille, Mme Chevrillon, le temps du siège et de la Commune.