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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/815

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blâment de ne pas réprimer plus énergiquement les idées démocratiques. — Les légitimistes notamment, en venant à Versailles, en causant, en lisant, en subissant le voisinage de Paris, se sont modérés, voient mieux les nécessités, sont plus politiques. Presque tous veulent les libertés les plus étendues ; — les fusionnistes essayent de faire prévaloir le compromis suivant : faire toutes les grandes lois essentielles, loi électorale, municipale, etc., puis, l’édifice construit, mettre la clef de voûte, Henri V appuyé sur tous les Orléans ses héritiers, ministres, et principaux officiers ; au besoin, et pour donner plus d’autorité à ce choix, se dissoudre, convoquer une nouvelle Chambre ad hoc, afin qu’il soit bien entendu que la nation est avertie. Comme constitution, deux Chambres, la haute élue, non héréditaire, choisie par, ou dans les grands intérêts et les grandes corporations, université, clergé, armée, magistrature, Institut, chambres de commerce, conseils généraux. La première Chambre ne devant avoir que 500 membres, les deux cent cinquante places de la seconde offriraient l’espérance d’un siège aux députés non réélus. — Mon objection est toujours l’éducation cléricale, absolutiste, autrichienne du Duc de Bordeaux. On me répond qu’on l’enchaînerait par les grandes lois préalables et par la collaboration des Orléans. On ajoute qu’en présence d’une proposition pareille, il accepterait. Le fond du raisonnement est celui-ci : il y a quatre partis en France, il en faut au moins deux ensemble pour empêcher la démagogie et les Bonaparte, la dictature d’en bas ou d’en haut. Je vous conte là tout ce que j’ai pu savoir d’intéressant, j’ai si peu de chose !

J’irai encore un de ces jours à Versailles par le même moyen, peut-être aussi à Châtenay, mais à pied, car je n’aurai par là aucune voiture.


A Madame H. Taine.

Orsay, 8 avril, Samedi-Saint.

Je suis allé aujourd’hui et hier en voiture avec Letorsay ; la campagne est charmante, fine, d’une verdure délicate et pointante sous le plus doux soleil. Mais on entend le canon qui n’a cessé que deux heures aujourd’hui, et cela m’empêche de sentir les choses les plus belles. Je ne les vois que physiquement, avec les yeux de la tête. — Probablement, j’irai après-demain lundi,