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chef peut tout hasarder. Notre quartier est le plus tranquille et sera, je crois, le moins exposé. Libon est à Versailles ; peut-être pourrez-vous m’écrire par lui. Le chemin de fer vient et va quatre fois par jour de Paris à Orsay et ne porte pas encore les lettres. Libon devrait nous rendre le service de rétablir la poste par chemin de fer.


A M. Alexandre Denuelle.

Orsay, 25 mars 1871.

… M. Guillaume me répond que, sauf envahissement ou interdiction, mon cours aura lieu le lundi 27 à deux heures, que beaucoup de personnes ont déjà demandé des cartes, etc. Je ferai donc ma leçon et j’en suis bien aise ; vous comprenez pourquoi. — Si les troubles continuent, je reviendrai le soir à Orsay, à cause des miens, mais ne leur dites rien de cette leçon ; quoiqu’il n’y ait rien à redouter, j’aurais peur qu’on n’en prît alarme. La poste a ici quarante-huit heures de retard, je ne puis vous rien dire des affaires. — Hier, à l’arrivée du train à six heures, on craignait des violences ; les bataillons honnêtes autour de la Bourse sont menacés par les insurgés. — S’il n’y a pas de coup de main d’ici à dimanche, tant mieux ; on se comptera ce jour-là au scrutin ; il n’y aura qu’une minorité de votans, à moins de falsification des chiffres. Le danger est toujours grand, le comité doit sentir qu’il joue son va-tout.

On a déjà enlevé de notre maison de Châtenay cinq tombereaux d’ordures ; on continue, il y en a encore deux.

Les Allemands avaient trouvé les clefs en forçant le tiroir de votre chambre. Je les y retrouve aujourd’hui et j’ouvre. Tout est presque intact, sauf mes vêtemens qu’on a pris.

Je sors de chez l’adjoint Sinet. Des mesures sont prises. Depuis huit jours, on travaille à nettoyer l’abattoir encombré, ordre d’enlever toutes les ordures déposées dans les rues pour le 31 mars. On a recouvert de terre épaisse les hommes et les chevaux enterrés çà et là. Je conseille de semer dessus du gazon anglais avec terreau. — Ce soir, nous aurons du chlore. Les odeurs du village ont bien diminué et environ cent habitans sont rentrés. Cela irait plus vite sans les troubles de Paris, qui leur ôtent les conseils et la direction ordinaire venant de l’Hôtel de Ville.