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À TRAVERS LA ROUMANIE

II

JUIFS ET PAYSANS[1]


« Quand partez-vous pour la Moldavie ? — Demain. — Vous allez y étudier la question juive ? » Mon interlocuteur est un sénateur moldave très antisémite, et qui afferme ses propriétés à un Juif. Je lui réponds : « À Dieu ne plaise ! Étudier la question juive, cher monsieur, vous n’y pensez pas ! Encore si j’appartenais à l’Académie des Sciences morales et politiques, on excuserait ma témérité en faveur de ma compétence. Mais, simple voyageur, il ne me convient pas de trancher de l’économiste ou du philosophe. — Mais, puisque vous allez en Moldavie, vous étudierez la question juive. — Pas plus que je ne l’ai fait lorsque j’ai parcouru la Valachie. — Ce n’est pas la même chose ! Des 68 000 Israélites établis en Valachie, 43 000 résident à Bucarest, où ils se fondent dans la population commerçante. L’artisan et le paysan des campagnes valaques ont résisté jusqu’ici à l’invasion. Mais, sur les 360 000 habitans des villes moldaves, nous comptons 140 000 Juifs, et les bourgs en sont remplis. — Bon : je visiterai vos couvens. Votre ami, M. Vasesco, qui est le plus sympathique des hommes et le plus hospitalier, m’a invité dans ses propriétés du Nord. — Il vous entretiendra des Juifs. — Il m’a prévenu que quiconque prononçait ce nom sous son toit était mis à l’amende. — Preuve

  1. Voyez la Revue du 15 février.