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conquête purement morale, et qu’il est très loin de son esprit d’atteindre un autre but par d’autres moyens. Toutefois, nous l’avons dit, il n’a pas pu se faire illusion sur les commentaires dont son voyage serait inévitablement l’objet. On connaît la situation actuelle au Maroc. Notre ministre, M. Saint-René Taillandier, est à Fez, où il remplit une mission délicate et difficile. Il doit, à force de sincérité, donner au sultan l’impression que nous n’entendons porter aucune atteinte à la plénitude de sa souveraineté, et quant à l’intégrité de son empire, il ne peut même pas être question d’y toucher. Notre intérêt est que le sultan soit fort et respecté dans son empire : ce qui diminuerait son autorité serait contraire à nos vues. Tout ce que nous lui demandons, c’est d’accepter notre concours dans l’œuvre de régénération dont il est le premier à comprendre la nécessité pour son pays. Cette œuvre, une fois qu’elle sera accomplie et au fur à mesure qu’elle s’accomplira, profitera à tout le monde. Si nous en réclamons pour nous le principal mérite, nous n’avons pas l’égoïsme d’en accaparer tous les profits ; mais, pour être bien faite, elle doit l’être par nous seuls, en collaboration avec les Marocains. Le jour où plusieurs puissances s’en mêleraient à la fois, des compétitions ne manqueraient pas de se produire, et il en résulterait des tiraillemens, peut être des conflits, certainement une confusion dommageable pour tous. Si on demande pourquoi cette tâche nous incomberait de préférence à tout autre, nous répondrons que ce n’est pas en vertu d’une supériorité que nous aurions sur eux, mais seulement parce que nous sommes en Afrique les plus proches voisins du Maroc, ce qui nous donne, en même temps qu’un intérêt plus grand à la tranquillité ou à la prospérité de ce pays, plus de facilité pour les assurer. Tel est notre titre : nous n’en avons pas d’autre, mais il nous semble que nous pouvons revendiquer celui-là. L’Italie, l’Angleterre, l’Espagne en ont apprécié la valeur, et, après avoir pris soin que leurs intérêts particuliers fussent respectés et garantis, elles nous ont laissé pleine liberté d’action dans les limites que nous avons tracées nous-mêmes et qui sont une consécration nouvelle de la souveraineté du sultan, aussi bien que de l’intégrité du territoire marocain. Il restait à faire partager par le sultan la confiance que les autres nous avaient témoignée : c’est à quoi nous nous employons. La démarche de l’empereur d’Allemagne ne nous y aide pas, et le motif en est simple : c’est qu’elle est, ou qu’elle semble être en contradiction avec le sentiment des autres puissances à notre égard. Ce n’est peut-être qu’une apparence, et nous espérons que l’équivoque ne tardera pas à être éclaircie. En attendant, le fait est là, et