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seulement cet aliment n’exige plus d’être offert sous une forme aussi compliquée. L’être vivant peut se contenter de composés azotés plus simples. La nécessité de l’aliment azoté résulte de la nécessité de croître, de grandir, ou seulement de s’entretenir, qui oblige l’être vivant à faire du protoplasma, c’est-à-dire un composé qui est essentiellement un mélange de protéiques. Mais les matériaux avec lesquels chaque être exécute cette synthèse sont fort différens. Il en est un grand nombre qui sont capables d’utiliser pour cette besogne des matières minérales azotées ; d’autres, et c’est le cas des animaux supérieurs, sont contraints de recourir à des protéiques déjà formés.

Tous les êtres également détruisent leurs protéiques, au cours du fonctionnement vital, mais ils les détruisent très inégalement. Très peu les font rétrograder jusqu’à la forme minérale, et par conséquent font parcourir à l’azote son cycle intégral. La plupart s’arrêtent plus ou moins loin dans la voie de la destruction ; les uns à l’urée, d’autres à l’acide urique, d’autres à des produits xanthiques, d’autres enfin à l’ammoniaque ou aux composés oxygénés de l’azote.

La synthèse azotée la plus remarquable est celle que réalise la nitro-monade de Winogradsky. Cet organisme singulier n’a pas besoin de matière organique pour se développer. Il prend au sol sous forme d’ammoniaque l’azote qui lui sert à édifier son protoplasma ; il agit, en cela, à peu près comme la plante verte ; mais, à l’inverse de celle-ci, il emprunte aux carbonates magnésien et calcaire le carbone nécessaire ; de telle sorte qu’il se développe et prospère, c’est-à-dire accomplit la synthèse de sa matière protoplasmique vivante dans un milieu purement minéral composé de carbonate de chaux, carbonate de magnésie, sulfate d’ammoniaque et phosphate de potasse. La nitro-monade est donc l’agent d’une puissante synthèse, puisque, avec des produits tirés du monde minéral, il édifie la matière organique la plus compliquée. Et pourtant, cet organisme n’a pas de matière verte chlorophyllienne ; il se développe à l’abri du soleil : deux raisons pour qu’il ne puisse utiliser l’énergie des radiations solaires. L’énergie qu’il dépense à ses opérations de synthèse lui i vient d’une autre origine. Il est, en effet, organisé pour transformer en acide nitreux, puis en acide nitrique, l’ammoniaque que les décompositions organiques laissent dans le sol. MM. Schlœsing et Müntz avaient découvert la grande généralité