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Migrations de matière dans les trois règnes de la nature


I

C’est Buffon qui, au XVIIIe siècle, introduisit dans l’Histoire naturelle, vouée jusque-là au plus minutieux détail, le goût des grandes vues et des idées générales. Pour se consoler de l’ennui des petits objets dont la constante considération exige, selon ses propres paroles, « beaucoup de courage et la plus froide patience » et « ne permet rien au génie, » il lâchait la bride de temps à autre à sa puissante imagination. Il ne résistait pas, comme il en fait l’aveu au début du Livre XII de son Histoire, au désir d’intercaler dans son récit quelques discours généraux où il pouvait traiter de la nature en grand. Son exemple fut imité avec plus ou moins de bonheur par ses successeurs, et le même ordre de préoccupations se continua après lui. Ce fut le temps, vers la fin du XVIIIe siècle, où, leur tâche finie, leur travail descriptif achevé, beaucoup de naturalistes s’efforçaient de mettre en lumière les desseins secrets de la nature, ses plans, ses enchaînemens et ses accords, ou encore, suivant une autre expression en faveur, « de faire ressortir les harmonies de la nature. »

Le génie de Lavoisier, comme celui de Buffon, s’accommodait de ces vastes généralisations. Le goût s’en communiqua aux adeptes de la Chimie naissante. Et, précisément, dans cette carrière nouvelle de la philosophie naturelle, les chimistes débutèrent par un coup d’éclat, par une découverte d’une importance doctrinale incomparable. Nous voulons parler de l’antagonisme