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secret pressentiment l’avertissait qu’après avoir aimé passionnément l’Eglise et l’avoir servie avec un zèle de feu, il se verrait un jour renié et rejeté par elle, non pas tant pour avoir semé l’erreur dans ses écrits, que pour n’avoir pas su se résoudre à plier.

Simple laïque, et n’engageant que lui-même dans le développement de ses audacieuses théories, Lamennais eût servi l’Eglise plus utilement, parce qu’il l’eût servie sans la compromettre. Moins exposé à d’injustes défiances, peut-être à de sourdes jalousies, il eût mis dans la défense de ses idées moins de violence, et n’eût pas été frappé sans doute avec tant de rigueur. Ce n’est pas sans quelque raison, qu’en 1834, au lendemain de la publication des Paroles d’un Croyant, il écrivait de la Chesnaie à M. de Vitrolles : « Si j’étais laïque, je ne vois pas quels vents pourraient désormais ébranler ma hutte de feuillage. » Il est en effet certaines libertés interdites à un prêtre qui, de la part d’un laïque, sont tolérées. On ne devait pas permettre à l’abbé de Lamennais ce qu’on permit à Joseph de Maistre et à Chateaubriand.


CHARLES BOUTARD.