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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/668

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de l’aile du Midi, jadis affectés aux princes, et sur l’emplacement desquels on établit la galerie des Batailles, qu’on osa alors, si invraisemblable que cela puisse paraître, comparer, sinon préférer à la galerie des Glaces.

Louis-Philippe respecta à peu près les grands appartemens de Louis XIV ; il fut loin d’avoir les mêmes ménagemens pour tout ce qui datait des règnes de Louis XV et de Louis XVI. Soit que ses origines, ses souvenirs de jeunesse, son éducation même lui fissent peu goûter cette époque, soit tout simplement parce que, pour ses longues séries de portraits et de toiles historiques, il avait besoin d’un vaste espace, le Roi-citoyen fut sans pitié pour ces jolies pièces que de grands artistes avaient si merveilleusement décorées et qui, à nos yeux, auraient aujourd’hui tant d’intérêt et tant de prix. A cet égard, Louis-Philippe, tout conservateur qu’il fût, se montra, à Versailles, plus révolutionnaire que la Révolution ; bien plus que ne l’avait fait cette dernière, il le défigura. N’est-ce pas cette impression que l’on ressent, dès le seuil de la Cour d’honneur, lorsqu’on voit s’y dresser cette double rangée de lourdes statues, qui ne sont pas seulement un anachronisme, mais qui ont encore modifié d’une manière si regrettable l’ensemble de cette grandiose entrée ? Combien n’eût-il pas mieux aussi valu conserver à la Cour de Marbre son aspect d’autrefois et ne pas masquer, par cette encombrante statue équestre de Louis XIV, qu’on aurait pu mettre ailleurs, l’accès, déjà étroit, de la façade Louis XIII !

Ces atteintes à l’histoire, au bon goût, et à l’art, ne se manifestèrent nulle part plus fâcheusement que dans la chambre de la Reine, que Gabriel, lors de l’avènement de Marie-Antoinette, avait fait restaurer avec un goût parfait et dont Louis-Philippe altéra, comme à plaisir, la décoration empreinte d’une suprême élégance. Écrivant à ce sujet à Dubuc, directeur des bâtimens de la Couronne, Frédéric Nepveu, l’architecte préposé à la restauration de Versailles, s’exprime ainsi :

« Dans les appartemens de la Reine, le Roi a décidé qu’on enlèverait la cheminée et deux grandes glaces avec tous leurs panneaux pour faire place à deux grands tableaux. Comme l’intention de Sa Majesté paraissait expresse, je n’ai soumis qu’à l’intendant général les observations ci-dessous, savoir : que jusqu’à ce moment, tous les changemens ordonnés n’avaient rien fait disparaître de notable, soit comme art, soit comme