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auparavant, quelqu’un qui lui tenait de près avait souvent frappé. Accouru en France, au lendemain de l’annexion de la Corse, afin de solliciter des bourses pour ses enfans et un meilleur traitement pour lui-même, Charles de Buonaparte, en effet, avait, à Versailles même, habité pendant une année une modeste maison de la rue Saint-Louis, non loin de celle où, — dans cette même rue, éloignée et silencieuse, qui vit, en quelque sorte, l’aurore des Bonaparte et la fin des Bourbons, — devait descendre le comte de Chambord, quand il vint, en novembre 1873, tenter un suprême et inutile effort pour empêcher le vote du septennat et ramener la France vers la monarchie.

Encore que, pour Napoléon, en lui permettant de mesurer. le chemin parcouru depuis Brienne, le souvenir des démarches paternelles, rapproché de sa toute-puissance, eût été de nature à flatter son immense orgueil, ce souvenir, sans nul doute, était loin de son esprit, lorsque, tout enivré de son mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise, et dissimulant mal sa joie d’être entré « dans la famille des rois, » l’Empereur se demanda si ce ne serait pas donner à son éclatante fortune une consécration nouvelle que de renouer, à Versailles même, ce qu’il appelait « la chaîne des temps. » Aux Archives nationales, M. Stryienski a retrouvé naguère un document intitulé : Résumé de l’examen fait par Sa Majesté, le 12 juillet 1811, des projets qui lui ont été soumis pour terminer le palais de Versailles. On y constate une fois de plus quelle importance, au lendemain de la naissance du Roi de Rome, ce gage si cher de la durée de sa dynastie, Napoléon attachait à ressusciter la tradition monarchique, à l’aide de l’étiquette et du cérémonial de l’ancienne Cour : « Sa Majesté, dit cette note, remarque qu’il ne s’agit pas de bâtir pour se procurer des logemens ; il en existe assez. Il faut faire une construction qui annonce le palais avec grandeur du côté de Paris. Ce n’est pas un ouvrage d’utilité, mais un ouvrage d’ostentation qui ne peut être médiocre. Il ne faut rien faire, — et ici apparaît le sentiment de rivalité posthume auquel nous faisions tout à l’heure allusion, — si l’on ne peut pas faire quelque chose qui rivalise de beauté avec la partie construite par Louis XIV. »

Rivaliser avec Louis XIV, en ne dépensant que les dix millions auxquels Napoléon entendait limiter la dépense, c’était, on en conviendra, un problème difficile. Quoi qu’il en soit, d’après