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se rendent de la salle des Menus-Plaisirs, qu’ils trouvent fermée, au Jeu de Paume, où ils vont affirmer leur volonté de ne pas se séparer sans avoir doté la France d’une constitution, elle les suit et les encourage. Dans son immortelle ébauche, David, en toute vérité, a pu montrer, se hissant jusqu’aux fenêtres de la salle du Serment, toute une foule avide d’assister à cet inoubliable spectacle et de saluer, ainsi qu’on disait alors, l’aube de la liberté. Si Paris vivait les yeux fixés sur Versailles, l’agitation de la capitale avait, en revanche, à Versailles même, une immédiate répercussion. Au lendemain de la prise de la Bastille, la garde bourgeoise eut grand’peine à y réprimer une émeute provoquée par un prétendu accaparement des farines, les meneurs brisant et saccageant tout ce qu’ils trouvaient sous la main, « ainsi, dit une lettre adressée à Messieurs de l’état-major de Versailles, que chez Réveillon, au faubourg Saint-Antoine. »

Dans l’assemblée municipale comme dans la garde nationale elle-même, la lutte fut très vive entre le parti modéré, qui voulait fonder la monarchie constitutionnelle, et celui de l’action révolutionnaire. L’un des chefs du parti modéré était Alexandre Berthier, — le futur prince de Neuchâtel et de Wagram, — qui avait été élu colonel de la Garde nationale de Versailles. Suppléant le plus souvent d’Estaing, le célèbre chef d’escadre de la guerre de l’indépendance américaine, qui en était le commandant en chef, Berthier rendit, en cette qualité, de nombreux services ; mais, à la fin, après une résistance prolongée, qui, sur un moindre théâtre, ne fut pas sans offrir quelque analogie avec celle de Lafayette contre Pétion, il dut se retirer devant les intrigues de l’un de ses subordonnés, Lecointre, lieutenant-colonel de cette même garde nationale, riche négociant, homme d’affaires habile, politicien agité et brouillon, ami de Marat, libelliste et dénonciateur infatigable, que les électeurs de Seine-et-Oise devaient ultérieurement choisir comme l’un de leurs représentais à la Convention. Avec son ami Gorsas qui, dans le Courier de Versailles, publiait un résumé des séances de l’Assemblée, qu’on lisait beaucoup à Paris et dans les provinces, Lecointre n’avait pas été sans jouer un rôle assez important, les 5 et 6 octobre, lors de l’envahissement du château.

A la veille de ces journées, le journal de Gorsas et de Lecointre avait été le premier à raconter qu’au banquet offert dans la salle de l’Opéra du château par les gardes du corps aux