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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/651

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les villes de garnison les militaires soient subordonnés à la loi générale et au pouvoir civil comme les autres citoyens ; que tous les Français contribuent aux impôts également « sous la même dénomination et sous la même forme. »

Tout en se déclarant plein de respect pour la personne du Roi, l’on réclame, à Versailles, qui avait vu si souvent leurs victimes ou leurs bénéficiaires, la suppression des lettres de cachet, la suppression ou la réduction « des pensions obtenues injustement et sans cause. » On y demande la création d’une liste civile limitant les revenus et les dépenses du Roi et des princes, la suppression des apanages, l’aliénation d’une partie du domaine royal, « la vente de toutes les maisons appartenant au Roi dans la ville et qui ne sont pas utiles à Sa Majesté. » S’immisçant jusque dans les questions relatives à la garde de la résidence royale, qui devaient jouer un grand rôle lors des journées des 5 et 6 octobre, par suite de l’animosité qui existait entre la garde nationale de Versailles et les gardes du corps, on allait jusqu’à insister pour « qu’il ne fût conservé que vingt-quatre hommes de la compagnie des gardes de la prévôté, dont le service se bornerait aux parties extérieures du château, sans aucun droit sur les citoyens. »

Autour de Versailles, dans les diverses communes, les vœux exprimés sont les mêmes, et plus accentués encore. Partout où s’étendent les chasses royales, à Marly, à Meudon, à Rambouillet, à Saint-Germain, d’amères doléances sont formulées contre les dégâts commis par le gibier. On ose y demander « la suppression des droits de chasse et de capitainerie,, l’abrogation des procédures ruineuses relatives à la constatation des délits, la destruction du lapin en totalité, et aux trois quarts celle des lièvres, perdrix et chevreuils, » de façon que l’on n’entretienne de ce gibier qu’autant qu’il en faut pour que Sa Majesté puisse prendre le plaisir de la chasse, « lesdites bêtes fauves et gibiers venant jusqu’aux demeures des cultivateurs pour ravager les fruits de leurs sueurs et de leurs travaux… »

Telles étaient, aux portes mêmes de Versailles, les revendications et les plaintes. Jusque dans cette résidence pour laquelle il avait tant fait, le pouvoir royal était aussi isolé nue mal gardé. Dès la première heure, lors de la procession des Etats généraux, la grande majorité de la population est pour les députés du Tiers ; elle acclame Mirabeau, qui a pris place dans leurs rangs, et le Duc d’Orléans, qui s’en rapproche ; lorsque les protestataires