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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/61

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posséder ce qu’ils possédaient, sans le moindre désir d’en faire étalage.

Sous la modestie des apparences, sous le mépris visible de toute ostentation se cachait l’esprit d’initiative qui est le trait caractéristique des populations lorraines, la hardiesse de la pensée qui devance le temps, l’intuition précoce des besoins et des nécessités du monde moderne. Nulle part on n’a mieux compris ni favorisé plus tôt l’ascension inévitable de la démocratie dans la société française. C’est à Metz qu’ont été créées en province les premières sociétés de secours mutuels, à Metz encore que se sont ouverts les premiers cours publics destinés aux ouvriers sous la direction des personnes les plus distinguées de la ville. La simplicité des habitudes facilitait le rapprochement des classes en ne laissant subsister entre elles aucune de ces barrières qu’élèvent entre les hommes le luxe ou la morgue.

Cette manière très simple de vivre qu’on aurait retrouvée alors, et qu’on retrouverait encore, sur bien des points de la France était relevée à Metz par la vivacité du sentiment national. Il n’y avait pas de ville plus profondément française, française par la langue et par les mœurs, par son attachement à toutes nos traditions, ni plus éloignée de l’empire germanique qu’elle ne connaissait que pour lui avoir résisté victorieusement avec le duc François de Guise. Si on nous avait prédit que Metz deviendrait un jour, — ne fût-ce que momentanément, — une ville allemande, aucun de nous n’aurait voulu le croire. Personne n’y avait jamais parlé, personne n’y parlait allemand. La langue allemande, l’esprit allemand s’étaient arrêtés à quelques lieues de nos murailles sans y pénétrer jamais. Nos chartes, nos archives, nos plus vieux documens, toute notre littérature locale étaient de langue française. Un si grand nombre de nos compatriotes, depuis Lasalle, le brillant cavalier, jusqu’au maréchal Ney, le brave des braves, avaient glorieusement servi la France que nous nous considérions comme les plus Français des Français. Qui aurait pu prévoir parmi nous et la folie du second Empire, déclarant la guerre sans l’avoir préparée, et le droit de conquête, le droit brutal du moyen âge ressuscité contre nous dans le plus civilisé des siècles par un des peuples qui sont le plus fiers de leur civilisation !

Race positive et forte, cette race messine, plus solide que brillante, mais douée d’une énergie peu commune ! Nullement