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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/522

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qu’un certain soir de novembre 1732, s’installa, pour y faire ses couches, avec des allures de mystère, une femme au visage doux et fin, jolie et séduisante, encore qu’elle ne fût plus dans la première jeunesse, et dont la mise, les manières, le langage décelaient une tout autre origine que celle des clientes ordinaires des époux Basiliac. Peu après, le 9 novembre, l’inconnue était prise des grandes douleurs de l’enfantement : elle mettait au monde, le même jour, une petite fille, frêle et menue, bien constituée pourtant et d’aspect fort vivace.

Le lendemain, on porta l’enfant dans l’église de Saint-Paul, qui se trouvait tout contre, une des plus vieilles et des plus curieuses de la ville. Le sieur Ambroise, vicaire, procéda sur l’heure au baptême, ayant pour assistans Basiliac et sa femme, l’un parrain et l’autre marraine, et deux autres témoins dont les noms restent ignorés ; après quoi, le vicaire inscrivit de sa main dans le registre paroissial l’acte dont voici la teneur [1] :

« Le 10 novembre 1732 a été baptisée Julie-Jeanne-Eléonore de l’Espinasse, née hier, fille légitime de Claude l’Espinasse, bourgeois de Lion, et dame Julie Navarre, son épouse. Le parrain, sieur Louis Basiliac, chirurgien-juré de Lion, la marraine, dame Julie Lechot, représentée par dame Madeleine Ganivet, épouse dudit sieur Basiliac ; et ledit enfant est né chez le sieur Basiliac. Le père n’a signé pour être absent, et deux témoins ont suppléé avec le parrain et la marraine. En foi de ce

« BASILIAC, AMBROISE, vicaire. »

Plus tard, et d’une autre encre, une main demeurée inconnue ajouta il devant légitime, biffa les mots de son épouse, et mit en marge une croix, ce qui, dans ce registre, est l’indice habituel des naissances irrégulières.

Le père et la mère indiqués, Claude l’Espinasse et Julie Navarre, sont personnages imaginaires, dont nulle trace n’exista jamais dans les registres de la ville ; mais les prénoms de Julie et Claude étaient ceux d’une grande dame, dont s’occupait beaucoup

  1. L’extrait baptistaire de Mlle de Lespinasse a été publié en 1810 dans la première édition des Lettres de Mme du Deffand, puis en 1877, par M. Eugène Asse, d’après une copie faite, en 1754, par le notaire de Mlle de Lespinasse. Ces deux textes diffèrent quelque peu entre eux ; aucun d’eux n’est d’ailleurs entièrement conforme au texte original, que je donne ici pour la première fois d’après la minute du registre de l’église de Saint-Paul, conservé aux archives municipales de Lyon.