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prouve qu’elle est allée quelquefois bien plus loin que de le chicaner. Est-il possible de comprendre que, pendant la guerre des Samnites, à la grande époque des vertus romaines, on ait découvert tout un vaste complot formé par les femmes pour empoisonner leurs maris ? Tite-Live ne l’a pas inventé, puisqu’il n’en parle qu’à regret, et qu’il affirme que cent soixante-dix d’entre elles furent convaincues et condamnées à mourir par les tribunaux de famille. Plus tard, dans l’affaire des Bacchanales, beaucoup de femmes furent compromises, et on les accusa de joindre aux folies du mysticisme oriental des crimes de toute sorte. On comprend, quand on se souvient de ces précédens, qu’elles aient eu encore moins de scrupule à commettre des assassinats, à une époque où l’assassinat était si fréquent parmi les hommes. C’était encore une manière de se mettre à leur niveau.

Nous voudrions bien qu’il nous fût possible de pousser plus loin cette étude un peu sommaire ; il nous importerait surtout de pouvoir apprécier, au moins d’une manière approximative, la force réelle des différens groupes dont la conjuration se composait. Par malheur, les renseignemens nous manquent, ou bien ceux qu’on nous donne sont incomplets et contradictoires. Même sur le chiffre exact du rassemblement qui s’était formé en Etrurie, quoiqu’il agît au grand jour et que, par conséquent, il fût plus facile de l’évaluer, les écrivains ne sont pas d’accord. Salluste prétend qu’au début, il ne comprenait que 2 000 hommes ; il ajoute, il est vrai, que ce nombre s’est vite augmenté. Cependant, il ne paraît pas croire qu’il ait jamais dépassé 10 à 12 000 hommes, puisqu’il dit que Catilina n’en forma que deux légions. Plutarque et Appien parlent de 20 000 hommes, et ce chiffre paraît assez vraisemblable quand on songe aux troupes que le gouvernement crut devoir leur opposer. C’était déjà une petite armée et destinée à s’accroître très vite. A la vérité, le quart à peine possédait des armes véritables ; les autres se servaient de méchantes javelines, de faux ou même de bâtons durcis au feu. Mais c’étaient des soldats braves, résolus, le reste des vieilles bandes de Sylla.

Pour les conjurés de Rome, nous sommes encore plus embarrassés ; les historiens, qui nous citent des noms, ne nous donnent aucun chiffre. Mais peut-être, après tout, est-il assez inutile de chercher à savoir si ceux qui s’étaient formellement engagés à Catilina étaient nombreux ou non, puisqu’on nous, dit