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discours, il leur recommanda « de s’occuper activement de sa candidature. » On raconta, au premier moment, qu’il s’était passé dans cette assemblée des scènes effrayantes. Catilina, disait-on, avait fait circuler parmi les assistans des coupes où le sang humain se mêlait au vin, et chacun d’eux y porta les lèvres en proférant d’horribles imprécations. Salluste doute beaucoup de la vérité du récit ; mais, comme il ajoute qu’il se faisait quelque chose de semblable dans les sacrifices ordinaires, il est possible que les complices, pour se lier entre eux d’une façon plus étroite, aient cru devoir emprunter à la religion des rites qui étaient en usage quand on faisait un traité d’alliance ; l’imagination et l’épouvante publiques ajoutèrent le reste. On alla bien plus loin dans la suite, et Plutarque prétendit sérieusement qu’ils avaient égorgé un homme, un esclave sans doute ou un enfant, et mangé sa chair. Une fois sur le chemin de l’horrible, la crédulité populaire ne s’arrête pas.

Il n’était guère prudent de tenir, au centre de Rome, dans le quartier du grand monde, à quelques pas du Forum, une assemblée nombreuse, où l’on allait agiter le moyen de détruire la république. Catilina s’était contenté, pour prévenir les indiscrétions, de rassembler ses amis « dans la partie la plus secrète de sa maison. » La précaution était insuffisante. Dans ce grand nombre de gens tarés qu’il attirait autour de lui, il pouvait se trouver des traîtres ; il devait nécessairement y avoir des bavards. Quelque chose de ce qui s’était dit dans la réunion se répandit dans le public. Suivant l’usage, on exagéra ces bruits en les répétant. Il arriva que les honnêtes gens s’indignèrent, que les riches prirent peur, et que tous ensemble se décidèrent à voter pour Cicéron, même ceux qui ne l’aimaient pas. Ce fut, dit Salluste, la principale raison qui le fit nommer consul.

Il est naturel que l’échec de Catilina ait d’abord déconcerté ses partisans ; mais, lui ne perdit pas courage. Il conserva cette indomptable assurance qui faisait sa force et parvint très vite à la faire partager par les siens. D’ailleurs il ne se tenait pas tout à fait pour vaincu, puisque Antoine, son associé, avait réussi, et qu’il croyait pouvoir compter sur lui pour tenir Cicéron en échec pendant tout le temps qu’ils gouverneraient ensemble. Il se remit donc à l’œuvre avec plus d’ardeur qu’auparavant. Nous ne pouvons guère douter cette fois, même quand Salluste ne nous le dirait pas, que ce soit de la conjuration