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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/506

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affranchis. Il n’exigeait d’autre condition pour en être qu’une conduite régulière, une nature droite, une fortune liquide. Il avait même trouvé un nom pour le désigner, un nom commode, qu’on se donne volontiers, et qui dispense d’explications plus précises : il l’appelait Optimates, les honnêtes gens. Mais il vit bien, quand il fut au pouvoir, qu’il devait renoncer à cette chimère. Ce n’était pas le moment de se mettre entre les partis, pour recevoir des coups de tous les côtés. Il lui fallait se décider résolument pour l’un d’eux et accepter son programme tout entier. Quand on se permet de choisir, on est toujours regardé comme un allié douteux, auquel on ne doit qu’un appui intermittent. Puisqu’il n’était pas assez fort pour imposer aux autres ses conditions, il était bien forcé de se soumettre aux leurs. Il est assez vraisemblable, nous l’avons vu, qu’il s’y était engagea la veille de l’élection, mais, dans tous les cas, l’étude de la situation qu’il venait de faire pendant cinq mois lui montra que de toute façon il était le prisonnier de l’aristocratie, et il s’y résigna. Une phase nouvelle de sa vie commençait ; lui qui avait presque toujours défendu jusque-là des causes populaires, il allait devenir l’orateur du Sénat.


V

Aux calendes de janvier, il entra en fonctions comme consul. Le jour même de son installation, il eut à prendre la parole, dans le Sénat, contre un tribun du peuple ; et cela dura jusqu’à la fin de décembre. Dans toute l’histoire de Rome, il n’y a pas de consulat aussi agité que celui de Cicéron. Il se divise en deux périodes : celle qui est la plus connue, et où il fut aux prises avec Catilina, n’a occupé que les derniers mois de l’année ; l’autre est remplie par des luttes de paroles, qui n’ont pas eu autant de retentissement, mais qui n’ont guère moins d’importance.

Dès les premiers jours on s’aperçut bien que ses ennemis étaient décidés à ne lui laisser aucun repos ; l’éclat de son élection venait de prouver le pouvoir qu’il avait sur le peuple : on voulait le lui faire perdre. La tactique, pour y réussir, consistait à le forcer à se mettre sans cesse en contradiction avec son passé : on proposait de nouveau d’anciennes lois, on reprenait d’anciens procès, pour qu’il fût amené à exprimer des opinions contraires à celles qu’il soutenait autrefois. On voulait montrer