Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/497

Cette page n’a pas encore été corrigée


nous a dit l’impression que ces deux pamphlets, le discours et la lettre, paraissant presque ensemble, se répétant l’un l’autre, frappant coup sur coup aux mêmes endroits, produisirent sur l’opinion publique ; mais il est bien probable que, si elle est restée quelque temps indifférente, elle a dû commencer alors à s’émouvoir ; et il est permis de croire que ce sont ces invectives passionnées, ces portraits si énergiquement tracés et le souvenir rappelé de tant de crimes qui ont jeté quelques inquiétudes chez les honnêtes gens. Si encore on était sûr qu’un seul des deux arriverait à se faire élire, on pouvait espérer que l’opposition d’un collègue honnête paralyserait ses mauvais desseins. Mais tout était perdu, s’ils se faisaient nommer ensemble. « Ce serait, selon le mot de Cicéron, plonger deux poignards à la fois dans le sein de la république. » On commença donc à penser qu’avant tout, il fallait à toute force les empêcher de réussir tous les deux. Au dernier moment, un mois à peine avant l’élection, quelques bruits commencèrent à se répandre d’une conjuration qui se tramait dans l’ombre. On racontait que Catilina avait réuni ses partisans et qu’il leur avait révélé ce qu’il comptait faire s’il était nommé. Les gens riches, banquiers, fermiers de l’impôt, grands propriétaires, furent ainsi prévenus que ce n’était pas le gouvernement seul qui était menacé, et qu’on en voulait à leur fortune. Les inquiétudes devinrent aussitôt très vives dans le monde des affaires [1]. L’aristocratie, plus directement menacée, comprit qu’il ne lui était pas possible, à la veille des comices, d’improviser une candidature nouvelle et qu’elle était bien forcée de se rallier à la seule qui put réussir. C’est ainsi qu’à la dernière heure, Cicéron devint le candidat indispensable de tous ceux qui voulaient le maintien de l’ordre et le salut de la république.

Nous ne savons rien de ce qui s’est passé dans les dernières semaines ; mais peut-être est-il possible de le soupçonner d’après

  1. C’est peut-être à cette occasion qu’eut lieu, à la Bourse de Rome, la panique dont par le Valère Maxime (IV, 8, 3) qui se produisit pendant la conjuration de Catilina. Elle aurait amené de nombreuses faillites, si un riche banquier, Q. Considius, qui avait des sommes considérables engagées sur le marché, n’avait déclaré qu’il ne réclamerait rien à ses débiteurs. Cette générosité rassura le crédit public.