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plus grande pensée du règne de M. Combes, au moins une des principales et des plus caractéristiques. M. Combes a fait tout ce qui dépendait de lui pour mettre en honneur ces agens interlopes, dont ses prédécesseurs avaient peut-être pu se servir quelquefois, mais qu’ils n’avaient jamais avoués. Il était intéressant de savoir ce qu’en pensait M. Rouvier. Certaines phrases de lui permettaient bien de s’en douter ; mais elles n’étaient pas encore assez formelles ni assez explicites pour servir de règle à nos préfets, à nos sous-préfets, enfin à tous les agens administratifs que les pratiques de ces dernières années ont démoralisés plus ou moins profondément. Quand de mauvaises habitudes sont prises, il faut un effort vigoureux pour rompre avec elles, et comment attendre cet effort si le gouvernement ne parlait pas haut, ferme et clair ? M. Rouvier l’a fait. Il a saisi l’occasion que lui en a donnée M. Gauthier (de Clagny), pour déclarer une fois de plus qu’il entendait gouverner au grand jour, et seulement avec les organes réguliers que la loi avait mis à sa disposition. « Je n’admets, a-t-il dit, aucune coopération d’organisations quelconques, ni l’intrusion de personnes qui s’arrogeraient le droit de faire ce qui ne peut être fait que par la loi dans un pays libre… S’il a pu y avoir dans notre pays de liberté et d’égalité des gens qui exercent les fonctions que vous dites, vous avez eu bien tort de les supporter. Les préfets et les sous-préfets connaissent par l’Officiel les déclarations que le gouvernement fait ici. Ils s’y conformeront. » Nous ne sommes pas bien sûr, qu’il leur suffise pour cela de lire ces déclarations dans l’Officiel ; des instructions impératives seraient ici bien à leur place ; mais enfin, M. Rouvier a tenu à la Chambre le langage qui convenait, et M. Gauthier (de Clagny) s’en est déclaré satisfait. On a pu croire, à ce moment, que les temps étaient changés, alors peut-être que les hommes seuls l’étaient. M. Rouvier, dans ses déclarations, prenait exactement le contre-pied de celles que M. Combes avait faites quelques semaines auparavant. La droite et le centre applaudissaient M. le président du Conseil, tandis que l’extrême-gauche étonnée se livrait à de sourds grondemens. Pour elle, c’était la déroute. M. Jaurès a cherché à la couvrir, et ne pouvant pour le moment faire mieux, il a feint de croire que M. Rouvier englobait dans sa condamnation des délégués les « comités républicains » auxquels personne ne songeait. Il les a défendus avec [sa fougue habituelle, en demandant que l’on sortît de l’équivoque : n’était-ce pas lui qui venait de la créer ? Tous les partis sont libres de former des comités et tous usent de cette liberté.

Il n’avait pas pu venir à l’esprit de M. Rouvier de condamner les