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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/451

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Revue littéraire – Une histoire de 1815


C’est un art d’écrire l’histoire. Certes, il ne manque pas de très savans hommes pour prétendre que l’historien doit se borner à reproduire les documens sans jamais les mettre en œuvre, et surtout se défendre comme de la peste d’avoir du talent. Le conseil est séduisant et facile à suivre ; il sera écouté ; il l’est. Mais d’ailleurs, si depuis Taine, Renan, Fustel de Coulanges, nous avons une école d’historiens comparable à celle de la première moitié du XIXe siècle, c’est que, grâce à ces maîtres écrivains, nous avons repris le goût des grandes compositions ordonnées et pareilles à des organismes, et que la notion de l’art est rentrée dans la conception de l’histoire. On a publié, au cours de ces dernières années, de remarquables travaux historiques : ce serait en méconnaître la nature que d’en renvoyer l’étude aux spécialistes : ils relèvent de la critique littéraire, au même titre que les œuvres de nos romanciers ou de nos dramatistes. Car l’objet même que poursuit l’historien est de rendre au passé les couleurs de la vie : il faut qu’il nous montre des êtres de sensibilité, de volonté et d’action, qu’il nous fasse assister au conflit des passions et des intérêts, qu’il brosse des tableaux, qu’il reconstitue des scènes. Il conte, il peint, il intéresse, il émeut. Les romantiques, de Chateaubriand à Augustin Thierry et à Michelet, l’avaient bien compris : aussi est-ce à leurs théories et à leurs exemples que l’on songe d’abord, quand on envisage l’histoire comme un genre littéraire. Ils faisaient la part trop large à l’imagination ; ils mêlaient indûment leur fantaisie aux données réelles ; ils s’engageaient trop de leur personne dans leurs récits. Mais