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Galatz, je me reprocherais de ne pas parler du vaste établissement fondé par des religieuses françaises, les dames de Sion. Elles en ont trois dans le pays, un à Bucarest, tout jeune encore, un autre à Iassi, déjà puissant, le troisième à Galatz, monumental. Mais — qu’on se rassure — le gouvernement français n’y est pour rien ! Contribuables de ma patrie, pas un centime de nos poches ne s’est égaré vers ces contrées danubiennes. Les écoles juives de la Moldavie reçoivent des subventions annuelles de l’Alliance Israélite. Les écoles allemandes de Bucarest en reçoivent de Berlin. Les dames de Sion n’en reçoivent de personne. Nous leur avons peut-être envoyé, sur les insistances de notre ministre, des cartes géographiques afin, sans doute, de les convaincre que Bucarest, Iassi et Galatz étaient moins loin de la France qu’elles n’eussent été tentées de le supposer. D’ailleurs, pourquoi le gouvernement leur serait-il venu en aide ? Il me déplairait que le gouvernement pût s’attribuer la moindre part dans cette œuvre qui ne doit sa prospérité qu’à notre esprit français d’association et de prosélytisme.

Quelques femmes pauvres et inconnues sont arrivées un jour à Galatz. Elles ont loué une petite maison et y ont ouvert un pensionnat. Trois élèves répondirent à leur appel. Elles en comptent aujourd’hui six cents, l’orphelinat compris. Leur institution est aussi grande que nos plus grands lycées, mais infiniment mieux aménagée. Rien n’y est sacrifié à l’apparence : tout y est adapté aux exigences de l’hygiène. Ces noires « obscurantistes » adorent la lumière. Elle entre à flots dans leurs classes et dans leurs dortoirs. Ces religieuses, pliées à tous les renoncemens et à toutes les mortifications, ne sont austères et dures que pour elles. Je voudrais que nos architectes, quand ils bâtissent des collèges, eussent le même souci du bien-être des enfans. On ne me citera pas en France beaucoup de maisons d’éducation où les pensionnaires puissent, selon leur désir, se laver chaque matin à l’eau froide ou à l’eau chaude. Ces bonnes sœurs entêtées de superstitions mettent entre les mains de leurs élèves les ouvrages dont nous meublons les bibliothèques des nôtres. J’y ai relevé en passant les livres de Boissier, Brunetière, Caro, Doumic, Duruy, Faguet, Vidal de La Blache. On y étudie les morceaux choisis de Voltaire dans les éditions dont se servent nos futurs bacheliers.

J’entends bien que tous ces attraits ne doivent être que des