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À TRAVERS LA ROUMANIE

III

LE DANUBE ET LA DOBRODJA[1]


i. — la journée d’un sac de blé

Chaque année, à l’époque des récoltes, la Roumanie, gonflée de maïs et de blé, se dégorge aux bords du Danube. C’est sa crue après celle des eaux. De tous les coins de la Valachie et de la Moldavie partent des convois de céréales. Les gares en sont encombrées. Des rives du fleuve s’élève une fine poussière de froment, comme des aires où les moissonneurs ont battu la moisson. Je voudrais conter la journée d’un sac de blé. À marcher dans les sillons roumains, je me suis pris d’un bel amour pour la terre nourricière. J’ai connu le savoureux plaisir d’émietter entre mes doigts une motte de terre bien luisante. Et les sacs remplis sous mes yeux, les sacs qui emportaient le labeur de ces steppes fertiles, je les ai rattrapés vers cinq heures du matin dans la gare de Braïla, au milieu d’une immense plaine verte, qu’un ciel bleu enserrait d’un halo d’or.

Ils y étaient arrivés pendant la nuit, et, comme ils devaient y reposer jusqu’à neuf heures, j’avais le temps de visiter la ville. Braïla figure un éventail dont toutes les branches se réuniraient aux embarcadères du Danube. La Roumanie n’a point de ville plus neuve ni plus occidentale. Je n’y vois, pour me rappeler

  1. Voyez la Revue des 15 février et 1er mars.