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on protestait, en théorie, contre les empiétemens qu’au nom du droit de patronat les souverainetés laïques commettaient dans la vie de l’Eglise ; on déniait à l’État le droit de s’ingérer dans les concours établis en certains diocèses pour la collation des cures : les maximes joséphistes étaient ainsi contredites, de point en point, par le colloque épiscopal ; le système de gouvernement qui, depuis plus d’un demi-siècle, pesait sur l’Eglise d’Allemagne, était rejeté par cette Église ; et le droit canon trouvait sa revanche, à la faveur de la Révolution. Mais cette Révolution même menaçait l’Église d’un autre asservissement : les radicaux de Francfort, on l’a vu, rêvaient d’une combinaison d’après laquelle le droit de patronat exercé par l’Etat passerait aux communes. Les évêques, peu soucieux de permettre cette intrusion de la démagogie dans le fonctionnement des paroisses, condamnèrent nettement un pareil projet. « L’Église catholique, jusqu’ici affaiblie et opprimée par l’arbitraire des fonctionnaires, salue la liberté comme l’élément propre de sa vie : » telle était la formule que Doellinger et Krabbe soumettaient au vote de l’assemblée ; et cette formule en résumait bien l’esprit. Ce que voulait l’Église germanique ressuscitée, c’était son autonomie ; quant à souhaiter une puissance politique dans l’État nouveau, elle se défendait d’y songer. Le vicaire apostolique de Saxe ayant demandé comment on pourrait assurer à l’épiscopat une représentation dans les futurs corps législatifs, Doellinger et Geissel répliquèrent que l’Église se nuirait en insistant, et qu’une seule chose importait : qu’elle fût libre.

Il y eut, dans cette assemblée de Wurzbourg, des séances et des mots qui portent, par excellence, la date de l’époque. « Dans un jardin, s’écriait Lennig, il n’est pas mauvais de laisser à toutes les herbes toute leur liberté, pourvu que de bons jardiniers aient l’accès du jardin. » L’idée de liberté — d’une liberté éclectique, illimitée — souriait à ces évêques que leur propre initiative affranchissait ; dans l’épineuse discussion sur l’enseignement, où les uns prirent l’attitude qu’avait en France Montalembert, où les autres se rapprochaient davantage des susceptibilités de Louis Veuillot, l’Etat radical du lendemain, qui aspirait à laïciser l’école, fut traité comme un ennemi, et c’est au nom de la liberté, à Wurzbourg comme à Paris, que l’Église réclamait son droit à l’enseignement. Elle se montra moins énergique, moins intransigeante, au sujet des questions qui concernaient le