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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/370

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questions, un avis qui risquerait de compromettre l’Église ; et leur entente au sujet des intérêts religieux prenait un relief plus éloquent, du fait même de leur émiettement et de l’infinie diversité de leurs nuances.

Au-dessous de ces groupemens catholiques parlementaires, volontairement inorganisés, le peuple catholique, lui, s’organisait. Un chanoine de Mayence, Lennig, s’emparait des armes longtemps attendues que la Révolution venait de mettre à sa portée : il créait des associations, il créait une presse.

L’histoire humaine, — celle de l’Eglise surtout, — impose à certains hommes une sorte de jeu de cache-cache avec la célébrité : elle les condamne à être de puissantes utilités, et les tient à l’écart de toutes grandeurs ; elle exerce leurs énergies, et, tout ensemble, elle en efface l’éclat ; elle les laisse en vue, mais au second plan ; et devant eux, les cachant en partie, c’est leur œuvre qui évolue, c’est leur œuvre même qui vit. Ce n’est point une chose rare, que ce contraste entre la demi-notoriété de leur nom et les prestigieux résultats de leur action les fasse secrètement souffrir, à moins que, très humbles ou bien très orgueilleux, ils ne se réputent indignes de la gloire, ou supérieurs à elle. Adam Henri Lennig appartenait à cette classe d’hommes : son humilité lui rendit la vie douce, et son labeur la faisait féconde.

Jeune, il avait gémi du misérable état où l’évêque Burg avait mis le diocèse de Mayence. Vainement il avait engagé le pauvre fonctionnaire à protester contre la suppression de son gymnase épiscopal et contre l’ouverture par l’Etat hessois d’une faculté de théologie catholique à Giessen. Burg, fléchissant toujours sous l’accoutumance de ses propres lâchetés, avait même concédé au gouvernement le droit de pourvoir aux cures : le jeune Lennig, à qui son évêque offrait un beau presbytère, refusa d’être nommé de cette façon, et quand Burg voulut coûte que coûte faire de ce prêtre un curé, il obtint du gouvernement hessois que le décret d’installation de Lennig fût conçu dans les termes, beaucoup plus canoniques, qui étaient d’usage avant les dernières capitulations de l’évêché. Quelques années s’écoulèrent, et l’on finit par offrir à Lennig d’être professeur à cette Faculté même de Giessen, contre laquelle jadis il s’était insurgé ; il refusa, dignement. Il avait la fière et forte tranquillité des hommes qui, sentant qu’ils s’imposent, ne désirent pourtant