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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/367

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Il y avait deux cents ans exactement que les plénipotentiaires de Munster avaient marchandé aux peuples la liberté de conscience et ne l’avaient formellement reconnue qu’aux souverains ; ils comparaissaient en accusés à la barre du parlement de Francfort ; et c’étaient les orateurs catholiques qui les y traînaient. La politique religieuse inaugurée en 1648 était proclamée responsable des infortunes de l’âme allemande et des éclipses du prestige germanique. En face de cette politique, Doellinger dressait l’exemple des États-Unis, de la Belgique surtout, où l’Eglise était vraiment libre à l’endroit de l’Etat ; et c’est au nom du salut de l’Allemagne que les orateurs catholiques réclamaient en faveur de l’Eglise allemande un pareil traitement.

Le nouveau roi, Maximilien de Bavière, prisonnier de la réaction anti-catholique que Lola Montès avait déchaînée, possédait, lui, un autre moyen d’unifier et de sauver l’Allemagne. Il faisait présenter au parlement, par son ministre Beisler, un article ainsi conçu : « Les affaires de l’Église chrétienne d’Allemagne, notamment les rapports avec l’État, sont régies par un synode d’Empire. » Tel que le concevait Beisler, ce synode devait comprendre toutes les confessions, lorsqu’il déciderait de questions concernant l’ensemble des intérêts religieux ; il se fragmenterait en synodes confessionnels, pour étudier les intérêts spéciaux des Églises, et pour légiférer. Le joséphisme expirant proposait cette suprême combinaison, qui dut réjouir, dans sa retraite solitaire et stérile, la tristesse de Wessenberg ; le parlement de Francfort écouta Beisler avec curiosité, et lui sut gré d’offrir à Doellinger l’occasion d’un beau discours.

Les amendemens, de jour en jour, s’amoncelaient sur le bureau présidentiel : les questions de priorité furent épineuses, les votes furent complexes. La rédaction proposée par la commission ne satisfaisait à vrai dire presque personne ; elle affectait de ne point proclamer le principe de l’indépendance des Églises ; mais après les huit séances où ce principe avait dominé l’assemblée, on ne pouvait songer à le congédier. L’autre rédaction, celle que proposaient les catholiques, était suspecte, et par son origine et par ses détails, à une majorité sur laquelle le grief d’ultra-montanisme trouvait aisément prise : elle n’eut pour elle que 99 voix. Le doyen Kuenzer, de Constance, eut l’honneur de présenter le texte qui prévalut.

On connaît déjà cet étrange personnage, ardent partisan du