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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/356

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Buss, en un endroit de ce livre, recense les différentes forces sur lesquelles ils pourraient s’appuyer. L’épiscopat, dit-il, se perd en des marchandages ; les souverains ont de pieux désirs, mais c’est la bureaucratie qui agit, et ses actes sont impies ; les Chambres hautes sont des Chambres de bureaucrates ; dans les Chambres basses, l’éducation rationaliste inculquée par l’État porte ses fruits. Les catholiques doivent ne compter que sur eux-mêmes, qu’ils développent leurs associations, qu’ils s’unissent pour le vote, qu’ils aient une presse, qu’ils pétitionnent ! Jusqu’ici, ils s’abandonnèrent au quiétisme ; « chacun d’entre eux, à l’avenir, deviendra une puissance morale, si devant les yeux il a les nécessités de son Église, par-dessus lui Dieu, derrière lui la prière de l’Église militante. » Ainsi parlait, l’année qui précéda la révolution, le tribun populaire qui, dans l’assemblée de Mayence, en octobre 1848, mobilisera, d’un geste belliqueux et déjà vainqueur, le catholicisme allemand. Avant que la révolution ne fût mûre, Buss était mûr, lui, pour en profiter.


I

Il y avait un État, en Allemagne, où l’Église, confiante, s’était appuyée sur la protection d’un roi. Louis de Bavière, de longues années durant, avait répondu à cette confiance ; par ses soins, un épiscopat bavarois avait commencé de se former : hommes de foi robuste, de verbe grave, de science estimée. Ils s’appelaient Reisach à Munich, Hofstaetter à Passau, Weis à Spire.

Louis de Bavière, pendant bien longtemps, avait servi de lien entre la pensée catholique et l’efflorescence artistique par laquelle s’illustrait Munich : son règne avait marqué l’alliance du romantisme avec l’Église, sous les auspices de la royauté. Hostile aux Jésuites dans sa jeunesse, il avait fini, à leur endroit même, par se relâcher de ses rigueurs ; et malgré les difficultés qu’il avait eues avec son clergé lorsqu’en 1840 il avait réclamé des solennités catholiques pour l’âme protestante de sa mère, on aimait à célébrer, en lui, un roi catholique, et à lui rapporter l’honneur du réveil religieux dont la Bavière offrait le spectacle, et dont les principaux ouvriers, les Goerres, les Phillips, les Windischmann, les Lasaulx, étaient des Prussiens ou des Rhénans immigrés, appelés et recueillis à Munich par la bienveillance royale. A Munich, grâce à Louis de Bavière, le