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qu’Alfred de Musset a si nettement indiquée dans la Nuit de Décembre :

Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir
Qui me ressemblait comme un frère.

George Sand a décrit complètement une de ces crises : « Couché sur l’herbe, dans le ravin, Laurent (Alfred de Musset) avait entendu l’écho chanter tout seul et, ce chant, c’était un refrain obscène. Puis, comme il se relevait sur ses mains pour se rendre compte du phénomène, il avait vu passer devant lui, sur la bruyère, un homme qui courait, pâle, les vêtemens déchirés et les cheveux au vent. — Je l’ai si bien vu, dit-il, que j’ai eu le temps de raisonner et de me dire… et cet homme avançait toujours vers moi. Quand il a été tout près, j’ai vu qu’il était ivre et non pas poursuivi. Il a passé en me jetant un regard hébété, hideux, et en faisant une laide grimace de haine et de mépris. Alors, j’ai eu peur et je me suis jeté la face contre terre ; car cet homme… c’était moi ! »

Voilà des preuves bien suffisantes de la faculté d’objectivation dans le psychisme inférieur ; la faculté de création a donné lieu à plus de discussions.

Certes on ne peut pas nier que l’imagination polygonale ait la faculté de construire et par suite, dans un certain sens, de créer. Je n’en veux pour preuve que les romans polygonaux imaginés par les médiums, comme par exemple le roman martien d’Hélène Smith.

Dans une transe, elle voit une vive lueur dans le lointain et à une grande hauteur ; elle se sent balancée, puis, elle est dans un brouillard épais, bleu, puis rose vif, gris, noir. Elle flotte. Elle voit ensuite une étoile qui grandit, devient plus grande qu’une maison. Elle monte et arrive sur une terre : Mars. Elle réalise ainsi un vœu du professeur Lemaître, qui avait dit un jour : « Ce serait bien intéressant de savoir ce qui se passe dans d’autres planètes (c’était l’époque où on s’occupait partout de Mars, de ses canaux et de ses habitans possibles). »

Hélène décrit alors les paysages de cette planète inconnue, ses habitans… et elle invente de toutes pièces une langue, que M. V. Henry a étudiée de très près : le langage martien, qui est une