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inconsciente et involontaire (comme celles de certains médiums). La première impression vraie est dénaturée par l’imagination polygonale et les centres supérieurs l’expriment, consciemment et volontairement, sous cette forme qui, à leur insu, est devenue absolument erronée. L’entraînement passionnel, l’entraînement grégaire aboutissent ainsi à des raisonnemens polygonaux dont les conclusions sont souvent extrêmement dangereuses.

Dans ces phénomènes, il y a à la fois mémoire et imagination polygonales. Ils servent donc d’introduction toute naturelle à l’étude de cette dernière fonction.

M. Dugas a bien étudié les formes inférieures de l’imagination, qui se développent surtout dans les périodes de repos de O, par exemple dans la flânerie. Amiel appelle la flânerie le « dimanche de la pensée. » D’après Töpffer, Socrate flâna des années, Rousseau jusqu’à quarante ans, La Fontaine toute sa vie. Combien profitables, ces flâneries, au développement de l’imagination polygonale !

Dans l’imagination du psychisme inférieur, on retrouve les deux élémens qui constituent essentiellement l’imagination en général : l’objectivation et la création.

J’ai déjà cité un exemple d’objectivation polygonale : c’est le cas du sujet en hypnose qui, sous l’influence de la suggestion, se transforme en archevêque ou en général. Le psychisme inférieur désagrégé objective complètement cette personnalité nouvelle : il marche, vit, par le en archevêque ou en général.

L’objectivation et le dédoublement de la personnalité sont encore plus nets chez le médium en transe. Rien de plus curieux à ce sujet que le roman royal d’Hélène Smith, si finement analysé par Flournoy.

Dans ses transes, Hélène a un esprit qui se révèle à elle et la guide (comme la commère des Revues) par des coups de table ou des révélations directes. A ce moment, c’est un Léopold qui représente Joseph Balsamo, c’est-à-dire Cagliostro, On montre à Hélène une image représentant la fameuse scène de cristallomancie avec carafe, entre Balsamo et la Dauphine, au château de Taverney, qu’Alexandre Dumas a décrite dans Joseph Balsamo et qui, depuis, est devenue très populaire. Hélène croit alors d’abord être la réincarnation de Lorenza Feliciani. Mais on lui démontre que Lorenza Feliciani n’a jamais existé que dans