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Certains auteurs, Pierre Janet, Joffroy et d’autres veulent que ces deux modalités de l’activité psychique soient des degrés divers de la fonction des mêmes centres. Je ne le crois pas. Tout paraît démontrer qu’au contraire il y a deux ordres de centres psychiques comme il y a deux ordres de phénomènes psychiques : des centres psychiques supérieurs et des centres psychiques inférieurs.

Une première preuve de l’existence indépendante de ces deux ordres de centres psychiques vient de ce fait qu’à l’état normal, dans l’état de distraction, les deux ordres de centres peuvent fonctionner simultanément et dans des directions différentes. Ce n’est pas avec les mêmes élémens nerveux qu’Archimède est sorti de sa baignoire, et qu’il trouve et proclame son problème. Ce n’est pas avec les mêmes élémens nerveux que la chanteuse, citée par Darwin, répète avec expression un passage difficile et suit les phases de l’agonie de son canari, qui se meurt au même moment dans un coin de la pièce.

En second lieu, il y a des maladies qui altèrent certains de ces centres et des maladies qui en altèrent d’autres. Il y a des maladies du psychisme inférieur et des maladies du psychisme supérieur. Et le siège, dans le cerveau, de ces maladies n’est pas le même dans les deux cas.

On est arrivé ainsi à voir que les altérations portant atteinte aux fonctions psychiques les plus élevées siègent plus spécialement dans la partie tout à fait antérieure du cerveau, dans l’écorce des lobes frontaux.

Donc, il y a des centres psychiques supérieurs et des centres psychiques inférieurs. Ils siègent les uns et les autres dans l’écorce du cerveau (la partie la plus élevée des centres nerveux), mais sont distincts les uns des autres.

C’est pour exprimer et enseigner ce fait que j’ai adopté un schéma dans lequel les centres psychiques inférieurs forment un polygone au-dessous d’un point O qui représente et synthétise les centres psychiques supérieurs ; ce qui me fait, par ellipse, employer souvent le mot polygone ou polygonal comme synonyme de psychisme inférieur ou psychique inférieur, et le mot centre O pour désigner les centres du psychisme supérieur.

On peut, sur le langage pris comme exemple, clairement synthétiser ce que je viens d’exposer sur le double psychisme.

Quand je parle ou quand j’écris volontairement et