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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/271

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faveur un discours qu’on admira beaucoup, et elle fut acquittée. Dans la vie dissipée qu’il mena, et qui était, il faut bien le dire, celle de la plupart des gens de son temps et de son monde, on nous dit qu’il trompa beaucoup de maris et fut quelquefois trompé lui-même [1]. Il avait été l’amant de la femme d’Aurelius Orestes, dont il épousa plus tard la fille, ce qui fit dire à Cicéron « que le même amour lui avait fourni à la fois un enfant et une épouse. » Elle était riche et belle, mais Salluste ajoute, dans une de ces phrases impertinentes comme il sait les faire, que quand on avait parlé de sa beauté il ne restait plus rien à louer chez elle. Catilina paraît l’avoir beaucoup aimée. Lorsqu’il quitta Rome pour aller prendre le commandement des conjurés de l’Etrurie, il écrivit à Q. Catulus une lettre qui se terminait par ces mots : « Il ne me reste plus qu’à vous recommander Orestilla et à la confier à votre honneur. Protégez-la contre toute injure ; je vous en supplie au nom de vos enfans. Adieu. »

Tous les écrivains nous disent l’ascendant incroyable qu’il exerçait sur la jeunesse. Cicéron prétend qu’il était pour elle un véritable charmeur : juventutis illecebra fuit. On voit bien par où il devait la séduire : il avait les qualités qui lui plaisent le plus, l’énergie, la résolution, la bravoure, une hardiesse que rien ne déconcertait. Personne ne supportait mieux les fatigues, la soif, les veilles, les privations, que cet ami des plaisirs faciles. Rien n’égalait l’agrément de son commerce et la souplesse de son caractère ; il s’accommodait à tout le monde et de toutes les circonstances ; grave avec les gens sérieux, plaisantant volontiers avec les enjoués, il était prêt à tenir tête aux plus débauchés. Salluste et Cicéron sont d’accord à dire qu’il était la ressource de tous ceux qui avaient fait quelque mauvais coup ou qui voulaient tenter quelque méchante action. Il les prenait sous son patronage sans jamais s’enquérir de leur passé, et, une fois qu’il les avait accueillis, il ne les abandonnait plus. Il mettait à leur disposition sa fortune et son audace, il fournissait sans compter à leurs dépenses, il leur procurait des maîtresses, il leur choisissait des chevaux et des chiens ; il ne se les attachait pas seulement par la solidarité du plaisir, mais par celle du crime. Salluste prétend qu’il tenait chez lui une sorte d’école, où l’on apprenait à porter de faux témoignages, à contrefaire des

  1. Cum deprehendebare in adulteriis, cum deprehendebas adulteros ipse. Cic. in Toga cand.