Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/262

Cette page n’a pas encore été corrigée


formèrent ces grands, domaines, qui, au dire de Pline, ont perdu l’Italie. Il dut y avoir à cette ruine d’autres causes économiques, par exemple la cherté de la main-d’œuvre, qui fut la suite de l’émigration des paysans dans les villes, le bas prix du blé, amené par la concurrence des blés étrangers. Mais quelle que soit l’origine de cette détresse, c’est en somme par des dettes qu’elle se trahit, et il est impossible de lire Tite-Live sans entendre, dans toutes les émeutes, un cri de misère et de haine contre les créanciers qui se mêle aux revendications politiques.

Les petites gens une fois ruinés par l’aristocratie, l’aristocratie se ruina, elle-même. Salluste fait très, bien remarquer que ce fut sa prospérité même qui causa sa perte. « Des gens qui avaient supporté facilement les misères et les périls, traversé sans faiblir les situations les plus embarrassées et les plus pénibles, plièrent sous le poids du repos et de la fortune. Ce qui fit leur malheur, c’est d’avoir obtenu ce qu’ordinairement on désire. » Ils semblent avoir été presque déconcertés par leurs premières conquêtes hors de l’Italie ; ne sachant trop ce qu’ils pourraient faire de ces royaumes dont ils étaient devenus les maîtres, ils jugèrent d’abord plus simple de les laisser à leurs anciens souverains, après les avoir rançonnés impitoyablement. C’est ainsi qu’ils imposèrent une contribution de 170 millions au roi de Syrie Antiochus, et qu’ils tirèrent de tous ces princes vaincus plus de 700 millions de francs. C’était un fleuve d’or qui coulait tout d’un coup sur l’Italie ; toutes les conditions de la vie en furent changées : on se trouva riche sans transition et trop vite. Et remarquons qu’en même temps que l’argent affluait à Rome, l’Asie, qui le lui fournissait, lui donnait les moyens de le dépenser. « Prenez garde, disait Caton, au début des guerres d’Orient, nous mettons le pied dans un pays où abondent toutes les excitations au plaisir. » Les Romains n’y résistèrent pas, et quand leurs armées revinrent de ces expéditions fructueuses, soldats et officiers n’étaient plus les mêmes. Tite-Live nous dit que ce changement se fit à la suite de la défaite des Galates par Manlius, que c’est alors que pénétrèrent à Rome les lits dorés, avec leurs couvertures de tapis magnifiques, les tables à un pied et les-meubles sculptés en bois précieux ; que les danseuses et les joueuses de flûte furent introduites dans les festins ; qu’on prit l’habitude de soigner les repas, que le cuisinier gagna en importance « et de son métier, le dernier de tous auparavant, fit