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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/261

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de la gloire. Pendant le siège de Véies, à l’âge d’or des vertus romaines, on nous dit qu’une garnison se laissa prendre parce qu’elle était sortie de la ville et parcourait les environs « pour faire un peu de commerce. » Ce n’est pas ainsi qu’on se figure les soldats romains en campagne ; et il faut croire qu’ils ne perdirent jamais ces habitudes, puisque à la guerre de Macédoine ils avaient emporté de l’or dans leurs ceintures pour faire à l’occasion quelques trafics avantageux. L’aristocratie ne diffère pas en cela des paysans et des soldats. Elle a de grands mots à la bouche : « Les bas profits ne conviennent pas à des sénateurs. » — « Il ne faut pas que les mêmes gens aspirent à vaincre le monde et à l’exploiter. » Mais ce sont des mots ! En réalité, la préoccupation de la plupart de ces grands seigneurs est de faire rapporter à leur argent le plus qu’ils peuvent. Ils prêtent à gros intérêts à leurs voisins, de petits propriétaires qui, ayant servi leur pays contre les Volsques et les Herniques, n’ont pu ensemencer leur champ à l’automne, et se trouvent sans ressources au printemps qui suit. La dette est lourde pour ces pauvres gens, et le créancier est sans pitié. Il fait saisir le débiteur, s’il ne peut payer, quand le terme est venu, il l’enchaîne et l’enferme dans sa prison particulière, car, nous dit Tite-Live, il n’y a pas de grand domaine qui ne possède une prison pour les débiteurs en retard. La loi l’y autorise ; elle a été faite pour les créanciers, mais la plèbe a grand’peine à le souffrir ; c’est le motif qui la mit aux prises pour la première fois avec les patriciens et commença cette querelle qui devait durer plusieurs siècles. Songeons qu’il y avait alors juste quatorze ans que la république avait été instituée ; à quelle époque faut-il donc remonter pour trouver ce temps fortuné que célèbre Salluste, où l’on dédaignait l’argent ? Dès le premier conflit, les patriciens s’étaient empressés de céder et de promettre « qu’aucun citoyen ne serait plus enchaîné ni emprisonné pour dettes. » Cette promesse, ils l’ont renouvelée très souvent, mais ils ne l’ont jamais tenue, et il faut bien croire que cette vieille barbarie, grâce à la complaisance générale pour les usuriers, n’a jamais entièrement disparu, puisque Manlius, le lieutenant de Catilina, disait que ses compagnons et lui ne prenaient les armes que pour échapper à la cruauté de leurs créanciers, qui, après leur avoir pris leur fortune, voulaient encore leur ôter leur liberté. C’est ainsi que l’aristocratie finit par exproprier la petite propriété et que se