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venait d’échapper à l’âme de Cicéron ou à celle de Voltaire. » Il était naturel que Cicéron, qui n’était pas modeste, fût plus convaincu que personne du mérite de ses actions et des services qu’il avait rendus à Rome. Il voulait par-dessus tout qu’ils ne fussent pas oubliés. Le moyen le plus sûr d’en conserver le souvenir ne lui paraissait pas, comme aux Grecs, de bâtir des monumens et d’élever des statues ; ces témoins silencieux ne le contentaient pas : il se fiait davantage à l’histoire, à l’éloquence, à la poésie : « Je n’aime, disait-il, que ce qui fait du bruit. Nihil mutum me potest delectare. » Il s’adressa donc à tous les gens de sa connaissance qui savaient un peu écrire, et qu’il croyait disposés à servir sa renommée, et il leur demanda sans fausse honte de célébrer le grand consulat. Mais, par une sorte de fatalité, il se trouva qu’ils étaient tous occupés ou prêts à l’être. Seul, Atticus, dont la complaisance était inépuisable, s’exécuta, sans satisfaire tout à fait son ami, qui trouva, dans son œuvre, moins de talent que de bonne volonté. Les autres s’en tirèrent avec des regrets et des complimens. Cicéron, voyant qu’il n’obtenait rien d’eux, se décida à se raconter et à se célébrer lui-même ; il écrivit l’histoire de son consulat, en vers et en prose, en latin et en grec. Mais les ouvrages qu’il avait composés à cette occasion sont perdus, et ce qu’on en a conservé nous donne peu de regret du reste.

Il est plus fâcheux que nous n’ayons pas sa correspondance pour cette époque. Il n’était pas alors un aussi grand personnage qu’il l’est devenu plus tard et l’on n’avait pas pris l’habitude de garder ses lettres. Atticus lui-même ne s’était pas encore avisé qu’il ne vivrait dans la mémoire des hommes que grâce aux écrits de son ami, et que, selon le mot d’un ancien, Cicéron l’entraînerait dans sa gloire. Quand, vers la fin de sa vie, il prépara la publication de la correspondance à laquelle son nom reste attaché, il ne put retrouver que douze lettres antérieures à 691, et pas un mot de l’année même où Cicéron fut consul. Heureusement nous possédons la plus grande partie des discours consulaires, et surtout les quatre Catilinaires, qui nous sont parvenues tout à fait intactes. Ces discours sans doute ne furent réunis que trois ans après avoir été prononcés, et nous ne savons pas quels changemens a pu y faire Cicéron en les publiant. Il n’en est pas moins vrai que c’est là surtout qu’il faut chercher l’histoire de la conjuration.